Trafic de clandestins et cigarettes au Boulou : un couple arrêté après une enquête de deux ans
Une enquête approfondie menée depuis deux ans par les gendarmes des Pyrénées-Orientales et le GIR de Montpellier a abouti à l'arrestation d'un couple vivant à Perpignan, suspecté de multiples trafics. Ce couple d'origine algérienne a été interpellé le 20 janvier 2026 à son retour en France, après avoir fui temporairement en Algérie. Ils reconnaissent s'être livrés à des activités illicites variées, allant de la contrebande de cigarettes au transport illégal d'immigrés clandestins.
Un réseau familial impliqué dans des trafics organisés
En arrière-plan de cette affaire, toute une famille est soupçonnée d'être impliquée dans des faits similaires, incluant du blanchiment d'argent, de l'importation de tabac en bande organisée et de l'aide au séjour irrégulier. Selon une source judiciaire, il s'agit d'un trafic à grande échelle, parfaitement organisé et structuré. Les suspects ont utilisé une quarantaine de voitures différentes au cours des derniers mois pour mener leurs activités.
Leur spécialité réside dans la contrebande à grande échelle de cigarettes depuis l'Andorre, destinées principalement aux épiceries des Pyrénées-Orientales, de l'Aude et de l'Hérault. Parallèlement, ils organisaient le passage rémunéré d'étrangers sans papiers souhaitant entrer en France. Les gendarmes de la BR de Prades ont effectué de nombreuses filatures, surveillances et géolocalisations de véhicules, et ont créé une équipe commune d'enquête avec l'Andorre.
Des méthodes sophistiquées pour déjouer les contrôles
Les enquêteurs ont découvert que plusieurs frères de cette famille se rendaient très régulièrement en Principauté d'Andorre pour y acheter des cargaisons importantes de tabac auprès d'un intermédiaire local, en contact avec une usine de conditionnement. À chaque voyage, entre 350 et 600 cartouches étaient ramenées par voiture, avec des convois organisés après l'achat de tabac pour une valeur de 20 000 euros en Andorre.
Pour éviter les contrôles douaniers, les trafiquants payaient également des clandestins pour franchir la frontière à pied avec des sacs pleins de cartouches. Trois des frères ont été arrêtés en mars 2025 lors d'un contrôle de la PAF au Perthus. Un autre proche, interpellé avec sa compagne en mai 2025, a avoué avoir effectué 27 passages en Andorre dans les mois précédents. Sa compagne a estimé qu'au moins 200 clandestins avaient été transportés au cours de l'année écoulée.
Des arrestations en série et des aveux accablants
Un autre frère a été surpris en flagrant délit de trafic en octobre 2025. Le 14 janvier, un couple a été contrôlé au Perthus avec quatre étrangers en situation irrégulière dans un véhicule Scenic, dont la plaque avait été détectée en train de franchir la frontière à 58 reprises. Relâché par erreur, ce couple a finalement été arrêté le 20 janvier, après s'être réfugié quelques jours en Algérie.
L'homme a reconnu avoir fait passer des dizaines de clandestins, facturant 100 euros par voyage avec son véhicule, et a avoué au moins une quinzaine de passages consacrés à la contrebande de cigarettes. Lors de son audition devant la cour d'appel de Montpellier le 10 février, Fatima, mère de deux enfants, sans profession et bénéficiaire du RSA, a déclaré : "J'étais sous l'emprise de cette personne et tout ce que j'ai fait c'était par rapport à lui". Son avocat, Me Hakim Djorfe, a précisé qu'elle agissait sous les ordres d'un homme toxicomane.
Un contexte régional marqué par l'immigration clandestine
Selon le préfet des Pyrénées-Orientales, en 2025, 8 335 étrangers en situation irrégulière ont été arrêtés dans le département, dont 5 189 ont été immédiatement réadmis en Espagne. Par ailleurs, 176 passeurs ont fait l'objet d'une procédure judiciaire. Ces chiffres illustrent l'ampleur des défis liés à l'immigration clandestine dans cette région frontalière.
Cette affaire met en lumière les réseaux criminels qui exploitent la frontière franco-espagnole pour des trafics divers, nécessitant une coopération renforcée entre les forces de l'ordre françaises et andorranes. Les autorités continuent de surveiller de près ces activités illicites pour préserver la sécurité et l'intégrité des frontières.



