Des tonnes de vêtements, de déchets plastiques, de valises éventrées, d'appareils électroniques dépecés, des pneus, des piles, des bidons, des bonbonnes de gaz dans la prairie ou dans les fourrées, et même une carcasse de voiture abandonnée. Au milieu de ce dépotoir à ciel ouvert : une poignée de maisons de fortune, des cabanes consolidées au fil des ans avec des bâches, de la tôle et des palettes. C'est un véritable bidonville aux portes de Toulon qu'ont découvert en ce début juillet quelques habitants de Lagoubran et de l'Escaillon.
Un site occupé illégalement depuis des années
Les lieux sont pourtant bien connus des riverains. Il s'agit d'un petit bois coincé entre l'usine d'incinération, la route D559 B qui mène à La Seyne et l'entreprise d'équipements pyrotechniques Pyrolliance. Une sorte de cirque naturel escarpé et baigné de pins parasol, dont la roche fut autrefois exploitée et que certains anciens du quartier appellent encore la « carrière Fournier ». L'endroit a été occupé illégalement il y a quelques années. Depuis, les chiens aboient dans la colline pour dissuader les curieux de s'approcher.
Combien de personnes vivaient ici exactement ? Une dizaine ? Plus ? « On ne sait pas », assure Alexandra Pigoni, présidente du nouveau Comité d'intérêt local (CIL) Lagoubran. « En revanche, on a appris que la préfecture avait expulsé les squatteurs fin juin. C'est une bonne nouvelle. Maintenant, il faut aller plus loin et qu'un vrai projet de nettoyage se mette en place. » Claude Franchitto, président du CIL du Pont Neuf et de l'Escaillon, espère lui « une grande réunion avec les services de l'État et la mairie. Ce terrain est devenu une poubelle à ciel ouvert. Le site doit être sécurisé et dépollué ».
Des vestiges géologiques menacés
Autrefois lieu de promenade apprécié, ce terrain municipal est aussi soupçonné d'abriter les vestiges des grottes « cristallines » de Lagoubran, des cavités géologiques dont le « rideau oriental », le « pilon de cristal » et d'autres stalactites faisaient le bonheur des touristes au début du siècle dernier, selon des cartes postales de l'époque. « On pense que leur entrée était dans cette carrière », souffle Alexandra Pigoni. « Ce serait extraordinaire qu'on puisse les localiser à nouveau ». D'autres estiment qu'elles auraient disparu avec la construction de l'autoroute au début des années 70.
À l'entrée du cirque, des niches ont été aménagées pour les chats et chiens qui se trouvent encore sur place. Des bénévoles viennent régulièrement les nourrir. À part eux, il n'y a plus âme qui vive. Trente mètres plus loin, c'est autre chose. Invisibles depuis la route, deux habitats précaires se nichent dans la végétation. L'environnement est bien plus soigné. Sébastien, un ouvrier du bâtiment, nous accueille sans hostilité. « Je suis là depuis deux ans. Mon voisin depuis cinq ans. Nous ne connaissons pas les gens qui étaient à côté. On ne dérange personne, je crois. »
Un appel à la dépollution et à la sécurisation
Les deux CIL n'en ont pas après eux. Ils souhaitent juste qu'à terme, leur « vallée des merveilles » supplante pour de bon la décharge sauvage. « Aujourd'hui, pour les personnes de l'extérieur, Lagoubran, c'est l'incinérateur, la déchetterie et le cimetière », soupire Alexandra Pigoni. « Sans oublier la pyrotechnie qui contraint les activités professionnelles et l'urbanisme. À côté de ça, les autorités ont laissé s'installer un campement pendant des années, malgré le risque incendie ! On espère que tout ça est désormais terminé. »



