Procès Coulom : le témoignage poignant d'Adrien, 22 ans après
Témoignage poignant d'Adrien au procès Coulom

À la cour d'assises de Loire-Atlantique, Adrien n'a pas pu contenir son émotion bien longtemps. Vingt-deux ans après le meurtre de Jonathan Coulom, enlevé et tué lors d'un séjour en classe de mer, les mêmes souvenirs et les mêmes questions « tournent en boucle ». Il est le seul élève de la chambre de la jeune victime à témoigner, ce jeudi, devant la cour d'assises de Nantes.

Les souvenirs d'Adrien

Cette semaine d'avril 2004 est gravée dans sa mémoire. Adrien se souvient de la sortie chars à voile, de la visite des chantiers navals de Saint-Nazaire et de cette chasse au trésor qu'il a loupé pour cause de fièvre. Reposé, il a tout de même participé à la « boum » organisée le soir même, le 6 avril. « On a beaucoup dansé », se remémore cet homme de 32 ans. Et d'ajouter : « Mais Jonathan semblait un peu triste, il m'a dit ''demain, je ne serai plus là''. »

La phrase mystérieuse

« Est-ce que tu dors ? » Cette phrase, les enquêteurs ont longtemps cherché à la comprendre. Adrien a-t-il fabulé à cause de son état de santé ? Mais le témoin reste fidèle à sa première déposition : ce sont bien les mots que Jonathan a prononcés quelques heures avant de disparaître. « Je regrette de ne pas avoir posé plus de questions », glisse-t-il. Ce soir-là, boum oblige, les enfants se sont couchés un peu plus tard que d'habitude, « vers 22h30 », estime Mickaël, animateur de la classe de mer et témoin dans ce dossier. Lui n'a rien vu, rien entendu, mais ce n'est pas le cas d'Adrien.

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La scène de la chambre

« J'ai perdu la notion du temps » confie l'ancien camarade de classe. Adrien dit avoir aperçu, alors qu'il tentait de s'endormir, « un homme, grand, s'approcher du lit de Jonathan. » Il poursuit : « Il m'a pointé avec une arme, un objet qui brillait et que j'ai associé à un couteau. » Apeuré, « je me suis caché sous la couette puis j'ai entendu une voix dire à Jonathan ''est-ce que tu dors'' ? ». Cette voix, Adrien ne l'avait jamais entendu auparavant. « L'homme n'avait aucun accent », assure le témoin.

Pourtant dans cette affaire, l'accusé est un Allemand de 56 ans qui prétend ne pas parler français. Martin Ney, un pédocriminel condamné à perpétuité dans son pays pour des affaires très similaires, nie être le meurtrier de l'enfant.

Parole d'enfant

Le petit Adrien est resté longtemps sous les draps à « faire semblant de dormir ». Aujourd'hui, le grand gaillard s'en veut et laisse entendre que les adultes ne l'ont pas pris au sérieux. Une fois l'homme sorti de la chambre, il se souvient avoir secoué un camarade. « On a joué à la console toute la nuit », tétanisés à l'idée de passer par le couloir pour avertir les adultes. Le lendemain matin, n'ayant aucune nouvelle de Jonathan, les garçons ont prévenu les animateurs. On leur a répondu qu'il devait jouer à cache-cache. Ce n'est que quelques heures après que les gendarmes ont été avertis.

Le témoignage d'Adrien, auditionné plusieurs fois pendant l'instruction, a été pris avec beaucoup de précaution par les enquêteurs. Dans ce dossier, il est l'enfant qui fabule, qui avait de la fièvre. « Peut-être que j'ai échangé quelques détails mais d'autres restent très précis », insiste-t-il. Le jeune homme a bénéficié d'un suivi psychologique pendant 22 ans. Dans l'après-midi, un autre témoin clé est attendu à la barre : cet ancien agriculteur a confié à plusieurs reprises aux enquêteurs avoir aperçu un homme près d'une BMW immatriculée en Allemagne à proximité de la zone où a été retrouvé le corps de Jonathan.

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