Le général Alain Vigreux, président de la délégation spéciale de Sillans-la-Cascade, a accepté de revenir sur sa mission exceptionnelle, alors que les électeurs sont appelés aux urnes le 30 août pour élire leur nouveau maire. Depuis le 18 juin, il exerce les fonctions de maire de cette commune du Var, après l'annulation des élections municipales de mars 2026 par la justice.
Une prise de fonction inédite
Alain Vigreux, par ailleurs président du Comité d'entente et de liaison des associations patriotiques de Draguignan (Celap), a été désigné par le préfet du Var à la tête d'une délégation spéciale composée de trois membres. Il est secondé par André Vantalon, retraité de la direction départementale de l'équipement et commissaire enquêteur, et Elvire Hatsch-Barbe, cheffe du bureau de l'ingénierie territoriale à la sous-préfecture de Brignoles. Ensemble, ils sont chargés de gérer les affaires courantes et urgentes de la commune, mais aussi d'organiser le prochain scrutin.
Les élections municipales ont été définitivement invalidées le 13 mai dernier. Un mois plus tard, au terme du délai de recours, le préfet a huit jours pour mettre en place une délégation spéciale. Une fois installée, celle-ci dispose de 90 jours pour organiser le futur conseil municipal. Interrogé sur les raisons de sa nomination, Alain Vigreux explique : « La sous-préfète de Draguignan cherchait des personnes apolitiques, humaines et compétentes. Elle m'a contacté, j'ai accepté. Elle ne savait pas que j'avais déjà une expérience dans le domaine. J'ai été président de la délégation spéciale de La Croix-Valmer en 2015. »
Une organisation rodée malgré un effectif réduit
L'installation de la délégation s'est faite sans passation avec l'ancien maire. « On n'a aucun contact avec le maire précédent. On est installé d'une manière tout à fait indépendante, neutre. On prend les dossiers au fil de l'eau », précise-t-il. Les trois membres se sont réparti les tâches selon leurs compétences : André Vantalon s'occupe de l'urbanisme, Elvire Hatsch-Barbe du social, de la législation, de la jeunesse, des associations et de la culture, tandis qu'Alain Vigreux prend « tout le reste ». Ils ne se connaissaient pas avant leur première réunion, le jour de l'installation de la délégation.
Avec seulement trois personnes pour remplacer les quinze élus habituels, l'organisation est intense. « On s'est réparti les jours de la semaine. Il y a toujours quelqu'un. J'y suis au minimum trois jours et mes collègues, une journée. Forcément, c'est intense », confie-t-il. La relation avec le personnel communal s'est bien passée : « J'ai réuni tous les agents, je leur ai rappelé ma volonté de neutralité parfaite et ils le respectent. » Il a également tenu à préciser aux deux ex-candidats qu'il ne les recevrait pas, coupant court à toute tentative de contact lors de la cérémonie du 18-Juin.
Une gestion de crise hors norme
La délégation spéciale a dû faire face à un événement imprévu : l'incendie du Gros Bessillon, qui a contraint à l'évacuation d'une partie du village le 21 juillet. « C'est une expérience rare. Au total, 136 personnes se sont présentées au point de ralliement, au Bastidon », raconte Alain Vigreux. Seul avec deux secrétaires, il a dû gérer l'urgence : « J'ai agi comme on le fait dans le cadre militaire. En temps normal, on se serait retrouvé à plus de 10. On a tout prévu : le repas du soir, l'hébergement (le maire des Arcs-sur-Argens m'a prêté des lits de camp). »
Contraint d'engager les finances de la commune pour cette urgence, il a contacté les trois restaurants voisins pour organiser les repas. « À 21 heures environ, j'ai pris contact avec les 3 restaurants d'à côté pour leur demander s'ils acceptaient de faire les repas pour un peu moins de 50 personnes. Je leur ai fixé un budget. Mais c'était pour une urgence, donc j'ai pu. Et heureusement d'ailleurs. » Après les évacuations, une réunion de retour d'expérience a été organisée avec tous les cadres participants pour analyser ce qui avait fonctionné ou pas. Des améliorations sont prévues, notamment sur le Plan local de sécurité, mais « c'est vraiment à la marge ».
Une mission sous le signe de la neutralité
Outre la gestion de l'incendie, la délégation spéciale a dû traiter les dossiers en attente, principalement l'urbanisme et la préparation de la rentrée scolaire. « Nous ne pouvons pas engager de budget, ni de projet, rien. On poursuit tout tel quel, dans le respect de la tradition de la commune », explique Alain Vigreux. Il a notamment maintenu les cérémonies de commémoration et les animations, mais le banquet traditionnel du 19 août est annulé faute de pouvoir engager les finances. Il aura également célébré quatre mariages.
À l'approche du scrutin du 30 août, Alain Vigreux se dit serein. Il recevra cette semaine les têtes de liste pour leur demander de fournir des assesseurs titulaires et suppléants, des secrétaires et délégués, « à parts égales et à poste identique ». Il précise : « Je suis obligé, je n'ai personne, je n'ai pratiquement pas de relation avec la commune. Je reste dans mon château… » Quant à un éventuel avenir politique, il est catégorique : « Non, non, non ! Ça me suffit, j'estime qu'il faut laisser la place aux jeunes. Mais si, à l'avenir, on venait à me rappeler pour une mission identique, je pense que je dirai oui. »



