Point-du-Jour à Saint-Laurent-du-Var : l'agonie d'immeubles voués à la destruction
Saint-Laurent-du-Var : des immeubles laissés à l'abandon

Le quartier du Point-du-Jour, à Saint-Laurent-du-Var, offre le visage d'un champ de bataille. Le béton écaillé des bâtiments condamnés côtoie les terrains vagues laissés par les pelleteuses. Dans les trois édifices encore debout, 41 familles vivent une transition qui s'apparente à un parcours du combattant. Privés d'entretien en raison des destructions à venir, les lieux sombrent dans la décrépitude, suscitant l'exaspération des derniers locataires.

Rats, coupures d'eau et insécurité

Germaine, retraitée de 72 ans, fulmine : « Les caves sont pleines de rats. À partir de 20 heures, ils montent les escaliers. » Mariano, 48 ans, observe ces rongeurs s'attaquer aux véhicules : « Ils nous mangent même les fils des voitures. » Jenna, 27 ans, qui habite chez sa grand-mère, confesse « ne plus oser descendre à la nuit tombée, terrorisée à l'idée qu'un rat [lui] saute dessus ».

À cette situation sanitaire s'ajoute un délabrement matériel généralisé. L'éclairage défaillant oblige les résidents à utiliser la lampe de leur téléphone pour gravir les marches. « Ils ne veulent plus faire les réparations, que ce soit pour les ascenseurs ou la tuyauterie », déplore Jenna. Myriam, 19 ans, témoigne de « coupures d'eau chaude inexpliquées pouvant durer jusqu'à trois jours complets ».

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Le sentiment d'insécurité s'installe avec l'arrivée de squatteurs dans les appartements vidés. Germaine a « installé une caméra de vidéosurveillance sur [son] palier après que des intrus ont brisé la porte de l'appartement de [son] fils ». Ces squatteurs transformeraient les abords « en garage clandestin, y stockant des motos et abandonnant des bidons d'huile à même le sol. (...) Et quand on appelle la police, elle ne se déplace pas. »

Un relogement complexe

Face à cette grogne, Côte d'Azur Habitat défend son action. Le bailleur social assure qu'un « accompagnement individualisé est déployé pour prendre en compte les besoins spécifiques de chaque ménage ». La difficulté résiderait « dans les vœux des locataires, qui souhaitent très majoritairement rester à Saint-Laurent-du-Var », commune où le volume de logements gérés par Côte d'Azur Habitat est faible. La tension affecte aussi les logements familiaux de grande taille (4 ou 5 pièces).

Côte d'Azur Habitat précise que « huit familles se sont vu proposer un logement conforme à leurs demandes mais ont choisi de ne pas donner suite à ces propositions ». Ces offres sont parfois jugées « inadaptées » par certains locataires, à l'instar de Germaine, qui a dû « refuser un deuxième étage », réclamant « un rez-de-chaussée pour [son] mari handicapé ».

Pour d'autres, le relogement est un soulagement. Hakim, 43 ans, père de quatre enfants, a accepté un 5 pièces refait à neuf en rez-de-chaussée à Saint-Augustin (Nice) : « Côte d'Azur habitat a répondu à mes attentes. Ce n'est que du positif pour ma femme et moi. On va pouvoir offrir à notre fille autiste d'autres perspectives... »

Démolitions repoussées

Sur le papier, les destructions devaient s'effectuer de manière échelonnée : une en 2026, une autre en 2027, l'ultime en 2028. Mais Côte d'Azur Habitat stipule que « la démolition des trois derniers bâtiments n'interviendra qu'une fois la phase de relogement totalement et définitivement achevée ». Actuellement, 41 familles sont encore en attente : quinze dans le bâtiment 1, six dans le bâtiment 2 et vingt dans le bâtiment 3.

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