Le tribunal correctionnel d'Alès a condamné Paul R., 25 ans, à trois ans de prison avec sursis simple pour l'accident mortel survenu le 22 novembre à Saint-Brès, entre Gard et Ardèche. Deux adolescents de 15 ans, Éthan et Louise, ont été tués sur le coup après avoir été percutés par le véhicule du prévenu, qui roulait à une vitesse excessive. Le père d'Éthan, grièvement blessé en tentant de protéger son fils, a également été percuté.
Les faits : une soirée d'anniversaire tragique
Ce soir-là, les deux jeunes, qui s'étaient rencontrés au lycée Jean-Baptiste-Dumas d'Alès, participaient à une fête d'anniversaire dans un restaurant de Saint-Brès. Vers 22 h, alors qu'ils se trouvaient sur la route départementale non éclairée, ils ont été fauchés par une voiture circulant dans le sens Ardèche-Gard. Selon l'expertise, le conducteur roulait à 107 km/h dans une zone limitée à 80 km/h, et la vitesse au moment du choc était de 87 km/h.
Le père d'Éthan, sorti précipitamment du restaurant pour chercher son fils, a aperçu le corps de l'adolescent sur la chaussée. Alors qu'une voiture s'apprêtait à le percuter, l'homme s'est interposé et a été heurté à son tour. Les secours n'ont pu que constater le décès des deux enfants, mais ont pris en charge le père, grièvement blessé.
Enquête et audience rapide
Les gendarmes ont mené des investigations techniques et une expertise en accidentologie. L'affaire a été jugée en moins de sept mois, un délai record par rapport aux procédures habituelles qui peuvent prendre plusieurs années. À l'audience, Paul R., chauffeur routier au casier judiciaire vierge, s'est exprimé avec difficulté : "Je venais de croiser des véhicules, j'étais en code et je voulais remettre les phares car la route n'est pas éclairée. J'ai vu deux silhouettes surgir de la route. Je n'ai pas pu freiner. J'ai senti le choc et j'ai vu le second accident."
Les parties civiles, bien que dignes, ont interrogé sur la vitesse excessive. Me Sophie Bonnaud, avocate d'une des familles, a déclaré : "C'est trop. On ne s'explique pas pourquoi Louise était au milieu de la route. Éthan a semble-t-il essayé de lui prendre la main pour la ramener vers le bord. De toute façon, ce n'est pas le procès des enfants."
Réquisitions et plaidoiries
La représentante du ministère public, Cindy Fernandez, a requis deux ans de prison dont la moitié avec sursis simple, ainsi que l'annulation du permis de conduire avec interdiction de le repasser avant trois ans. Elle a souligné l'impact du drame : "J'étais de permanence ce week-end-là, j'ai suivi les investigations tout le week-end avec des gendarmes habitués à côtoyer ces drames, mais quand même ébranlés. C'est un drame de la route. En une fraction de seconde, plusieurs familles ont été brisées."
Me Martin Faure, avocat de la défense, a plaidé pour un partage des responsabilités : "Même si la situation est douloureuse, on doit apprécier les faits avec la précision que la justice exige. Les jeunes avaient été avertis de ne pas aller sur la route. Il y a une accumulation d'imprudences." Il a également évoqué le manque de visibilité et s'est interrogé sur les conséquences si la vitesse avait été moindre. "Les responsabilités juridiques incombent à mon client, mais les responsabilités morales sont à partager."
Verdict et conséquences
Le tribunal a finalement condamné Paul R. à trois ans de prison avec sursis simple, une peine plus sévère que les réquisitions. Son permis a été annulé avec interdiction de le repasser pendant cinq ans. La présence des jeunes sur la route reste inexpliquée, mais l'enquête n'a pas établi de faute de leur part. Le drame laisse deux familles endeuillées et un père blessé, tant physiquement que moralement.



