Le tribunal judiciaire de Nîmes a débouté, lundi 12 juillet 2026, le Rassemblement national (RN) de sa procédure en diffamation engagée contre le journal d'investigation local L'Arlesienne et le média en ligne StreetPress. La décision, rendue publique ce mardi 13 juillet, a été saluée par les défenseurs de la liberté de la presse.
Des articles jugés non diffamatoires
Le RN attaquait deux articles publiés en 2024 et 2025, qui révélaient des pratiques clientélistes et des liens troubles entre des élus RN de Beaucaire et des milieux d'affaires locaux. Les plaignants estimaient que ces publications portaient atteinte à leur réputation et à celle de la ville.
Dans son jugement, le tribunal a estimé que les propos incriminés « ne constituent pas une diffamation publique envers un particulier ou une personne morale », car ils reposent sur une base factuelle suffisante et relèvent du débat d'intérêt général. « Les articles incriminés s'inscrivent dans le cadre d'un débat d'intérêt général sur la gestion municipale et les pratiques politiques locales », a précisé le tribunal dans ses attendus.
Une victoire pour la liberté d'expression
Me Pierre-François Fauconnier, avocat de L'Arlesienne et de StreetPress, a salué une décision « conforme à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme ». Il a ajouté : « C'est une victoire importante pour la liberté d'expression et le droit d'informer le public sur des sujets qui le concernent directement. »
Le RN, représenté par Me Laurent Milet-Lambert, n'a pas commenté la décision dans l'immédiat, mais pourrait faire appel. L'avocat a simplement indiqué que ses clients « prenaient acte » du jugement.
Des révélations sur le clientélisme à Beaucaire
Les articles en cause avaient mis en lumière des pratiques de favoritisme dans l'attribution de marchés publics à Beaucaire, ville dirigée par le RN depuis 2020. Selon les enquêtes, plusieurs entreprises proches de la majorité municipale auraient bénéficié de contrats sans appel d'offres ou à des conditions avantageuses.
Le journal L'Arlesienne, fondé en 2022, s'est spécialisé dans l'investigation locale en Provence. StreetPress, média en ligne connu pour ses enquêtes sur l'extrême droite, avait co-publié l'enquête. Les deux médias avaient déjà été menacés de poursuites par le RN à plusieurs reprises.
Un précédent judiciaire
Cette décision intervient dans un contexte de multiplication des poursuites en diffamation intentées par des élus du RN contre des médias. En 2025, le parti avait déjà perdu une procédure similaire contre le journal Mediapart. Les juges nîmois semblent ainsi tracer une ligne claire : les enquêtes journalistiques de bonne foi, fondées sur des faits vérifiés, ne sauraient être assimilées à de la diffamation.
L'association Reporters sans frontières (RSF) a salué le jugement, rappelant que « les procédures-bâillons (SLAPP) ne doivent pas entraver le travail des journalistes ». La ville de Beaucaire, quant à elle, n'était pas partie au procès.



