René Vignal, le gardien de but devenu chef de gang
René Vignal, le gardien de but devenu chef de gang

Dans la nuit du 14 au 15 mai 1970, René Vignal, ancien gardien de but de l'équipe de France, est arrêté avec son gang lors d'un cambriolage raté à Bordeaux. En un an, ils avaient amassé plus de 60 millions d'anciens francs de butin à Toulouse, Bordeaux et Brive.

La chute d'une légende du football

Au début des années 1970, le nom de René Vignal, surnommé le « gardien volant », reste synonyme d'une époque lumineuse du football. Entre 1948 et 1956, il a porté les couleurs de Béziers, du Toulouse Football Club, du Racing-Club de Paris et de nouveau Béziers, cumulant dix-sept sélections internationales. Pourtant, son arrestation n'a pas totalement surpris les milieux sportifs. Sa reconversion dans le banditisme était connue de longue date. Après avoir raccroché les crampons à 28 ans à cause d'une blessure à l'épaule, il s'était compromis dans des affaires douteuses, notamment une tentative de racket dans un bar toulousain en 1958, suivie d'une condamnation pour proxénétisme en 1964.

Un chef de bande redoutable

Lors de son arrestation, Vignal dirigeait une équipe de sept gangsters, soigneusement choisis parmi des sportifs ou commerçants sans antécédents judiciaires. Parmi eux, Roger Claverie, conseiller technique régional de judo, et Guy Martin, directeur commercial. Le gang opérait avec une organisation bien huilée : des « correspondants » bordelais repéraient les cibles, puis les Toulousains débarquaient pour passer à l'action. Leur butin s'élevait à 60 millions d'anciens francs, provenant de 27 braquages à main armée dans tout le Sud-Ouest.

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Des braquages minutieusement préparés

Le gang avait notamment commis un hold-up au Crédit Lyonnais de Toulouse en juin 1969 (20 000 francs) et l'agression la plus rapide de l'année contre un transporteur de fonds, qui leur rapporta 360 000 francs. Vignal avait entreposé un arsenal impressionnant dans trois voitures, prêt à tirer si la police intervenait. À Toulouse, un complice avait dérobé un pistolet-mitrailleur et six pistolets automatiques à la poudrerie nationale. À Bordeaux, ils avaient forcé plusieurs coffres-forts, notamment au supermarché Arago à Pessac (26 000 francs) et tenté d'ouvrir celui du bowling de Mérignac.

Les dessous d'une affaire qui interroge

L'affaire Vignal a suscité un débat sur la reconversion des footballeurs professionnels. Un joueur toulousain anonyme a déclaré : « Son cas illustre parfaitement l'imprévoyance structurale de notre football professionnel. » En réponse, M. Pujolle, président du Groupement des clubs professionnels, a défendu les dispositifs existants : tests d'orientation, caisse de financement des études, et pécule de fin de carrière. Il a cité des exemples de reconversion réussie, comme Abbes devenu ingénieur électronique ou Carra coiffeur pour dames.

La fin d'une vie tumultueuse

Condamné à quinze ans de réclusion en 1971, Vignal bénéficie d'une remise de peine et sort en 1978. Il publie ses mémoires, Hors-Jeu, et participe à l'émission « Apostrophes ». Il mène ensuite une vie tranquille comme agent immobilier dans les Landes, puis près de Toulouse, où il meurt en 2016 à 90 ans. Comme l'écrivait le journaliste Jean Fusile en 1970 : « Triste époque, assurément, où les dieux du stade passent sans transition, de l'Olympe à la prison… »

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