Les recrutements massifs dans la police nationale, décidés pour répondre aux engagements du président de la République, fragilisent la formation et l'entrée dans le métier des gardiens de la paix, selon un rapport interne de l'inspection générale de la police nationale (IGPN) consulté par Le Monde.
Un afflux de 10 000 recrutements en cinq ans
Le plan de recrutement prévoit l'embauche de 10 000 policiers supplémentaires entre 2021 et 2026, dont 7 500 gardiens de la paix. Cette augmentation de 15% des effectifs vise à renforcer la présence policière sur le terrain, notamment dans les quartiers sensibles. Toutefois, le rapport de l'IGPN, daté de mars 2026, souligne que cette politique a des conséquences négatives sur la qualité de la formation initiale.
Selon le document, le nombre de places dans les écoles de police a été augmenté de 30% en cinq ans, passant de 4 000 à 5 200 places par an. Cependant, les formateurs n'ont pas été recrutés en proportion, entraînant une surcharge de travail et une baisse de la qualité pédagogique.
Des stages sur le terrain écourtés
Le rapport pointe également que la durée des stages en commissariat a été réduite de 16 à 12 semaines, ce qui limite l'apprentissage des gestes professionnels et l'acquisition des réflexes nécessaires. Un formateur interrogé par les inspecteurs déclare : « On forme des policiers en kit, qui arrivent sur le terrain sans avoir eu le temps d'assimiler les bases. »
Cette situation est aggravée par le manque de tuteurs expérimentés dans les services. Selon le syndicat Alliance Police nationale, 40% des policiers ayant moins de deux ans d'ancienneté se voient confier des missions sans être encadrés par un collègue plus aguerri.
Des conséquences sur la sécurité et la confiance
Les syndicats s'inquiètent des répercussions sur la sécurité des agents et des citoyens. « Un gardien de la paix mal formé, c'est un risque pour lui-même et pour la population », affirme un responsable syndical d'Unsa Police. Le rapport de l'IGPN confirme que les fautes professionnelles ont augmenté de 12% chez les jeunes policiers depuis 2023.
Le ministère de l'Intérieur, interrogé par Le Monde, reconnaît des « difficultés d'adaptation » mais se félicite des résultats en termes d'effectifs. « Nous avons tenu notre promesse de recruter massivement, et nous travaillons à améliorer la formation », indique un porte-parole.
Des pistes d'amélioration proposées
Le rapport de l'IGPN formule plusieurs recommandations, dont le rétablissement de la durée initiale des stages, le recrutement de 200 formateurs supplémentaires et la mise en place d'un tutorat renforcé. Le ministère s'est engagé à étudier ces propositions d'ici la fin de l'année 2026.



