Au procès Scribe : les dérives du logiciel qui empoisonne la police
Procès Scribe : les dérives du logiciel qui empoisonne la police

Le procès du logiciel Scribe, qui s'est ouvert le 1er juillet 2026 au tribunal judiciaire de Paris, met en lumière les graves difficultés rencontrées par les policiers français depuis son déploiement en 2018. Selon les témoignages recueillis, ce logiciel de rédaction de procédures a provoqué des bugs récurrents, des pertes de données et un allongement significatif du temps de travail.

Un logiciel censé simplifier, mais qui complexifie

Développé par la société Atos, Scribe devait remplacer l'ancien système et permettre une dématérialisation des procédures. Cependant, dès son introduction, les agents ont signalé des problèmes techniques. « Le logiciel freeze régulièrement, nous forçant à tout recommencer », a témoigné un brigadier lors de l'audience. Selon une enquête interne de la direction des libertés publiques et des affaires juridiques, 70 % des policiers interrogés jugent Scribe « contre-productif ».

Les dysfonctionnements ont des conséquences directes sur le travail quotidien. Un commandant de police a indiqué que la rédaction d'une procédure simple, qui prenait auparavant 30 minutes, nécessite désormais jusqu'à deux heures. Cette lenteur a entraîné une accumulation de dossiers en souffrance, avec un retard moyen de 15 jours dans le traitement des plaintes.

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Des pertes de données préoccupantes

Le logiciel a également été accusé de perdre des preuves. Plusieurs cas ont été rapportés où des fichiers audio et vidéo, essentiels aux enquêtes, ont été corrompus ou supprimés. « Nous avons perdu des éléments cruciaux dans une affaire de trafic de stupéfiants », a déploré un officier de la brigade criminelle. Selon un rapport de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), au moins 120 procédures ont dû être abandonnées en raison de ces pertes entre 2019 et 2025.

Face à ces défaillances, le syndicat Alliance Police nationale a déposé une plainte en 2023. « Scribe est un logiciel dangereux pour la sécurité des citoyens et des policiers », a déclaré le secrétaire général du syndicat. Le procès vise à déterminer les responsabilités de l'État et d'Atos dans ces dysfonctionnements.

Un coût financier et humain élevé

Le coût total de Scribe est estimé à 350 millions d'euros, dont 200 millions déjà versés à Atos. Malgré les problèmes, le ministère de l'Intérieur a maintenu son contrat, ce qui a suscité des critiques. « L'argent public a été gaspillé pour un outil qui ne fonctionne pas », a affirmé un député de l'opposition lors d'une audition parlementaire.

Les conséquences humaines sont également lourdes. Plusieurs policiers ont témoigné de troubles musculo-squelettiques liés à l'utilisation intensive du logiciel, ainsi que d'un stress accru. Un expert médical a indiqué que 15 % des agents utilisant Scribe ont consulté un médecin pour des douleurs au poignet ou au dos.

Le procès doit se poursuivre jusqu'au 15 juillet, avec l'audition de plusieurs hauts responsables du ministère et d'Atos. Les syndicats réclament l'abandon pur et simple du logiciel et le retour à un système plus fiable.

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