Le 3 juillet 2024, Soulaïmana Ambririki, 28 ans, a attaqué sans raison par-derrière une jeune femme qui rentrait à son domicile dans le quartier des Arceaux à Montpellier, lui ouvrant la gorge avec un cutter sur 26 centimètres. Depuis, cet homme au profil inquiétant affirme qu'il ne cherchait qu'à lui voler son sac à main. Son procès s'ouvre ce lundi 22 juin devant la cour d'assises de l'Hérault.
Un profil criminel inquiétant
« C'est un des profils les plus inquiétants que j'ai vus en trente ans de barre », déclare Me Iris Christol, partie civile, qui défend la victime. L'accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité pour « tentative de meurtre », étant en récidive criminelle. La jeune femme qu'elle défend est une miraculée, survivante d'un crime aussi sauvage que gratuit, et qui se bat depuis deux ans pour reprendre pied.
Les faits : une agression brutale
Mercredi 3 juillet 2024, 2 h 30 du matin, dans la petite rue Condorcet, qui donne sur le boulevard des Arceaux, à Montpellier. Madeleine, étudiante en sixième année de médecine, rentre chez elle après une soirée au cinéma avec son petit ami, qui l'a laissée à une centaine de mètres de là pour regagner son domicile. Elle arrive devant sa porte, sort ses clés. Elle sent deux mains sur ses épaules, puis une douleur fulgurante dans le cou. Elle hurle, se retourne, voit un homme qui fuit en courant. Et puis le sang qui coule de sa gorge. Grâce à ses études, elle comprend qu'elle a la jugulaire tranchée, que sa survie est une question de secondes, et qu'elle ne doit compter que sur elle. Elle s'empare de la petite robe rose fuchsia qu'elle a achetée dans la journée, s'en sert comme d'un garrot pour faire un point de compression et bloquer l'hémorragie. Elle appelle à l'aide, téléphone à son compagnon qui arrive en courant. Madeleine est sauvée, mais terrorisée. Elle a une plaie de 26 centimètres tout autour de la gorge, un nerf sectionné, et une cicatrice dans sa chair et dans sa tête.
L'enquête et l'arrestation
Pendant quinze jours, les policiers sont sur les dents. Ils en sont convaincus : celui qui a tenté de tuer Madeleine risque à tout moment de recommencer. Les images de vidéosurveillance le montrent suivant Madeleine boulevard des Arceaux, accélérant le pas dès qu'elle se retrouve seule. Il a déjà suivi quatre passantes ce soir-là, sans s'en prendre à elles. Un soir lors d'un contrôle, une patrouille repère un individu pouvant correspondre à l'agresseur. Il est identifié, placé sous surveillance. Le 17 juillet, Soulaïmana Ambririki, 28 ans, est placé en garde à vue. À sa troisième audition, ce jeune homme arrivé deux ans plus tôt de Mayotte pour des études en métropole, vite abandonnées, avoue avoir tenté de voler le sac à main de Madeleine, mais nie toute volonté de tuer.
Le profil de l'accusé
« C'est un jeune homme qui s'est enfoncé dans la précarité et la consommation d'alcool, et qui vivait dans le mensonge, vis-à-vis de lui-même et de sa famille », explique son avocate, Me Virginie Manzi. Issu d'une bonne famille, avec un frère qui a réussi à intégrer Sciences Po, il a basculé à l'adolescence, lors du divorce de ses parents, écopant d'une peine de prison à 17 ans pour un vol avec arme. À Montpellier, il a aussi été condamné à huit mois de prison pour des agressions sexuelles commises sur des femmes dans la rue, sans avoir été incarcéré.
La victime : un combat pour surmonter
Madeleine, qui a poursuivi ses études de médecine et quitté Montpellier, appréhende d'y revenir pour le procès. « Elle a encore beaucoup de mal à mettre des mots sur les choses », constate Me Iris Christol. « Ce procès sera le moment ou jamais pour les dire, en déposant à la barre comme on dépose un fardeau. Elle a des mécanismes de protection, elle se noie dans le travail, et fait partie de ces femmes qui refusent de courber l'échine devant la peur. Alors elle continue à marcher dans la rue le soir, mais elle le fait en pleurant de peur et de rage, parce qu'elle sait que le monde est suffisamment absurde pour qu'on puisse mourir sans raison, égorgée sur un trottoir, après une belle soirée avec son amoureux. »
Verdict attendu mercredi
Le verdict est attendu mercredi 24 juin.



