Port-Leucate : une ado de 13 ans séquestrée, deux hommes mis en cause
Port-Leucate : ado séquestrée, deux hommes mis en cause

Une fillette de 13 ans séquestrée à Port-Leucate : deux hommes soupçonnés de traite d'enfants depuis l'Asie

Une enquête pour traite des êtres humains a été ouverte à Narbonne, visant deux hommes suspectés de pédophilie et de se procurer des enfants à l'étranger via des reconnaissances de paternité frauduleuses. En novembre 2024, une petite fille originaire des Philippines a été découverte dans un appartement de Port-Leucate, chez un sexagénaire qui l'avait ramenée en France deux ans plus tôt grâce à une reconnaissance de paternité suspecte.

Le témoignage d'un père présumé à la cour d'appel

« La juge a ordonné un test ADN qui confirme qu'elle est bien ma fille biologique, et je voudrais que l'on fasse les mêmes tests sur tous mes autres enfants. » C'est par ces mots que Jérémy M., 40 ans, s'est exprimé à la cour d'appel de Montpellier le 19 mai 2026. Cet homme, qui vivait à Aubagne, est soupçonné d'actes d'une gravité extrême. Une enquête ouverte depuis deux ans au pôle criminel de Narbonne pour « séquestration de mineurs, viols aggravés et traite des êtres humains » tente de faire la lumière sur cette affaire.

Des enfants importés de Thaïlande pour satisfaire des besoins pédophiles

« Ce dossier me donne la chair de poule », a avoué l'avocat général. « Il y a beaucoup d'enfants dans ce dossier, des enfants séquestrés et importés de Thaïlande pour satisfaire les besoins pédophiles des personnes impliquées. »

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La découverte macabre d'un disque dur

En février 2023, à Saint-Laurent-de-la-Salanque, un client d'une société informatique a activé un disque dur qu'il venait de récupérer après une réparation. Son sang s'est glacé : sur l'écran, deux petites filles asiatiques nues, filmées par un homme tenant des propos obscènes. D'autres éléments inquiétants sont apparus : des gros plans sur des médicaments soporifiques, des conversations troublantes avec une femme. « Est-ce que tu aimes que je sois pédo ? » demandait l'homme. Le client a ramené le disque dur à la société, qui a compris l'erreur de destinataire et a prévenu la gendarmerie. Le véritable propriétaire était Guy C., 59 ans, vivant dans un immeuble de Port-Leucate.

L'intervention de la Team Moore

Ce n'est qu'en novembre 2024 que les gendarmes sont passés à l'action, après qu'un autre habitant de la résidence a été dénoncé par la Team Moore, des bénévoles traquant les pédophiles sur internet. « Nous créons des profils d'enfants virtuels sur les réseaux sociaux, à partir de photos rajeunies par l'IA, sans faire de demandes d'amis pour ne pas être poursuivis pour incitation au délit », expliquent Neila et Steven Moore. Ils signalent aux autorités toute sollicitation sexuelle reçue par ces faux profils. « On a remis 692 dossiers en sept ans, principalement à la justice française. »

Perquisitions simultanées et découverte de la fillette

Les gendarmes de la section de recherche de Montpellier et de la brigade de Narbonne ont perquisitionné simultanément chez les deux voisins de Port-Leucate. Chez Guy C., ils ont découvert une jeune fille de 13 ans, dans une chambre exiguë, dénutrie, incapable de parler français, alors qu'elle était arrivée des Philippines deux ans plus tôt. Guy C. affirmait être son père, l'ayant reconnue officiellement en 2018 aux Philippines, où elle vivait avec sa mère et sa sœur. Bien qu'il ne soit pas le père biologique, la reconnaissance de paternité, signée devant un notaire local et validée par l'ambassade de France, lui a permis d'obtenir un passeport pour la fillette et de l'emmener dans l'Aude en toute légalité.

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Une situation alarmante

L'enfant n'était pas scolarisée ni suivie médicalement, mais le père touchait des aides sociales de la Caf en tant que parent isolé. L'examen des supports numériques de Guy C. a révélé « une sexualité omniprésente », avec des vidéos de l'enfant endormie en sous-vêtements et des gros plans sur son sexe. Le psychiatre l'a décrit comme « envahi par le sexuel », avec une pensée perverse, l'enfant n'étant « pour lui qu'un simple jouet sexuel ». Les gendarmes ont compris que cette fillette n'était pas un cas isolé : une autre enfant avait été vue par les voisins. Guy C. a mentionné une petite fille thaïlandaise et a dénoncé Jérémy M., rencontré lors de voyages en Asie du Sud-Est.

Arrestation de Jérémy M.

Une semaine plus tard, les gendarmes ont perquisitionné l'appartement de Jérémy M., découvrant des documents d'état civil sur des enfants, des supports numériques pédopornographiques, des médicaments contre les troubles de l'érection, des contraceptifs et des somnifères. Un mandat d'arrêt a été lancé. Jérémy M. a été arrêté à son retour de Thaïlande via Barcelone, étonné de trouver des scellés sur sa porte. Il s'est rendu au commissariat où il a été immédiatement arrêté et incarcéré.

Un projet odieux : se constituer un « harem d'enfants »

Les enquêteurs ont découvert qu'entre 2012 et 2020, Jérémy M. avait déclaré la paternité de cinq enfants : trois en Thaïlande et deux aux Philippines. Il en avait emmené certains en Europe : une fillette de huit mois abandonnée à l'aide sociale à l'enfance, une autre de 5 ans récupérée par sa mère et placée en famille d'accueil en Allemagne, et la fillette vue à Port-Leucate, qu'il aurait renvoyée en Thaïlande après l'avoir gardée un ou deux ans. Les deux hommes s'accusent mutuellement d'attirances pédophiles. Guy C. accuse Jérémy M. d'être un manipulateur intelligent ayant détecté une faille administrative via les reconnaissances de paternité pour s'approprier des enfants. Il se ferait passer pour un pilote de ligne, un avocat ou un médecin lors de ses voyages en Asie, faisant miroiter aux mères l'obtention d'un passeport pour leurs enfants. Son objectif sinistre : « Il veut se constituer un harem d'enfants », a-t-il affirmé aux enquêteurs.

Les avocats réagissent

Me Mathieu Montfort, avocat de Jérémy M., a déclaré : « Il conteste l'intégralité des faits et n'est pas mis en examen pour des faits de nature sexuelle sur les mineurs. L'instruction démontrera que tous les enfants sont bien les siens. » Guy C., quant à lui, a été mis en examen pour viols incestueux aggravés après l'exploitation de ses supports numériques montrant qu'il a pu abuser de celle qu'il présente comme sa fille. Son avocate n'a pas souhaité s'exprimer. Les gendarmes poursuivent leur enquête pour retrouver d'autres enfants qui auraient pu être reconnus par les deux hommes, qui ont voyagé ensemble en Asie du Sud-Est pendant une quinzaine d'années.