La dynamique commerciale du port de Sète attire les trafics illicites. En 2025, les douaniers sétois ont réalisé des saisies records : 5,63 tonnes de tabac, plus d’un million d’euros en liquide non déclaré, et des centaines de milliers d’articles contrefaits. Les 47 agents de la brigade sétoise et les 25 personnels du bureau local assurent une protection renforcée du territoire national et européen.
Un port en développement sous surveillance
« Le port s’est inscrit dans une dynamique de développement et de captation de nouveaux trafics depuis plusieurs années, et nous nous adaptons », explique Abdelhafid El Fassi, chef du pôle Action économique de la Direction régionale des douanes de Montpellier. Avec six rotations hebdomadaires de navires rouliers DFDS, des centaines de camions de marchandises importées transitent chaque semaine (5,8 millions de tonnes en 2024, contre 70 pour Marseille Fos). Cette activité légitime attire aussi les trafiquants.
Trois circuits pour le tabac de contrebande
Le tabac illicite arrive principalement via le fret maritime en provenance de Turquie, « considérée comme zone de fabrication pour le tabac à narguilé, transité par Dubaï », précise Abdelhafid El Fassi. En mars 2025, 5,3 tonnes de tabac à narguilé ont été saisies dans une remorque destinée à une société parisienne. Le mois suivant, 148 kg de cigarettes ont été découverts dissimulés dans un camion. Les chauffeurs et marins des navires RO-RO pratiquent aussi un « trafic de fourmi » avec quelques cartouches pour arrondir leurs fins de mois. Au total, le bureau sétois a récupéré 5,63 tonnes de tabac depuis janvier, pour une valeur de 1,44 million d’euros.
Commerce informel via les ferries
Les voyageurs des ferries en provenance du Maghreb (quatre rotations hebdomadaires avec l’Algérie en haute saison, six avec le Maroc) importent illégalement des produits laitiers, miels, escargots, fruits et légumes, souvent destinés à des épiceries. En 2025, la brigade de Sète a enregistré 81 dossiers contentieux, dont 62 pour des fruits et légumes. 35 autres dossiers concernaient des produits manufacturés non conformes. Les passagers ne sont autorisés qu’à une cartouche de cigarettes par personne, sauf déclaration. La brigade a confisqué 644 kg de tabac (160 000 euros) en 2025.
Contrefaçons et produits non conformes
Les douaniers interceptent chaque année des milliers d’articles contrefaits : textiles, parfums, cosmétiques, produits ménagers. La Turquie est un « atelier de fabrication » sous surveillance. En janvier 2025, 900 parfums imités de Jean-Paul Gaultier ont été stoppés. En juin, 2000 boîtes de lessive contrefaites de la marque Ariel. En juillet, 8000 sets de table et emballages sandwich estampillés Nike ont été retenus. En février, 100 000 sachets de lingettes non conformes ; en mars, 35 000 paires de tongs.
Lutte contre les stupéfiants : une priorité
La lutte contre le trafic de drogue est prioritaire. Les douanes disposent de deux équipes cynophiles pour inspecter ferries, navires rouliers et porte-conteneurs fruitiers. En mai 2025, un vraquier libérien transportant du soja brésilien a été intercepté avec 57,9 kg de cocaïne, d’une valeur estimée à 2,5 millions d’euros. Les contrôles sont renforcés sur la ligne d’importation de fruits et légumes depuis l’Afrique de l’Ouest, récemment relancée par Primever.
Plus d’un million d’euros en liquide non déclaré
Les passagers ne peuvent franchir la frontière avec plus de 10 000 euros en liquide sans déclaration. En 2025, les douaniers ont retenu plus d’un million d’euros au titre des manquements aux obligations déclaratives (MOD). Les sommes non déclarées sont confisquées en cas de doute sur leur origine. Les douanes veillent aussi au respect des sanctions contre la Russie, les échanges entre ce pays et la Turquie étant intenses via des sociétés écrans.
Le scanner à basse intensité (SMBI) installé à demeure devrait accélérer les saisies en 2026. Les douaniers de Sète restent mobilisés sur tous les fronts : fret illicite, commerce informel, drogue, espèces menacées et protection des consommateurs.



