La polémique a éclaté le mardi 30 juin 2025 à l'Assemblée nationale. Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, est sorti « de ses gonds », selon ses propres termes, lors d'un échange houleux avec les députés écologistes. En cause, le « bilan de 10 000 morts » dressé, selon lui, par deux écologistes sur des plateaux télé : la députée Sandrine Rousseau et le sénateur Guillaume Gontard.
Des chiffres contestés mais non officiels
De fait, Sandrine Rousseau a bien avancé ce chiffre sur le plateau de Sud Radio, sans toutefois le qualifier de « bilan ». « Il y a eu probablement 10 000 morts, peut-être. On va voir les chiffres qui vont sortir », a-t-elle déclaré. Contactée par Le Nouvel Obs, elle précise que ses propos visaient à alerter sur les conséquences sanitaires de la canicule, et non à établir un bilan officiel.
Le sénateur Guillaume Gontard a également évoqué ce chiffre lors d'une interview télévisée, s'appuyant sur des estimations de Santé publique France. Selon lui, « les premières données suggèrent une surmortalité significative, comparable à celle de 2003 ». Cependant, Santé publique France n'a pas encore publié de bilan consolidé.
Des données parcellaires et des sources diverses
Les quelques chiffres disponibles proviennent de sources diverses et sont extrêmement parcellaires. L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a enregistré une hausse des décès dans plusieurs régions, notamment en Nouvelle-Aquitaine et en Auvergne-Rhône-Alpes, mais les données ne sont pas encore consolidées au niveau national.
Selon un rapport de Santé publique France publié le 28 juin, 4 200 décès supplémentaires ont été recensés entre le 15 et le 25 juin par rapport à la moyenne des années précédentes. Ce chiffre, bien qu'inférieur à 10 000, pourrait augmenter avec la remontée des données des services d'état civil. « Il est trop tôt pour établir un bilan définitif », a déclaré un porte-parole de l'agence.
La réaction du gouvernement et des écologistes
Sébastien Lecornu a vivement critiqué l'utilisation de ce chiffre, estimant qu'il s'agissait d'une « manipulation » et d'une « instrumentalisation » de la part des écologistes. « On ne peut pas balancer des chiffres comme ça sans preuve », a-t-il lancé dans l'hémicycle. De son côté, Sandrine Rousseau a répondu que « le gouvernement refuse de voir l'ampleur de la catastrophe » et a appelé à une meilleure prévention.
Le Premier ministre a annoncé la mise en place d'une cellule de crise interministérielle pour coordonner la réponse sanitaire et sociale face à la canicule. Une enquête de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) a également été demandée pour évaluer l'efficacité des mesures de prévention.
Un débat sur la transparence des données
Cette polémique relance le débat sur la transparence des données sanitaires. Plusieurs associations de défense des victimes de la canicule réclament la publication rapide des chiffres officiels. « Les familles ont le droit de savoir », a déclaré un porte-parole de l'association Canicule Info.
Selon un sondage Odoxa réalisé le 1er juillet, 68 % des Français estiment que le gouvernement minimise l'impact de la canicule. En attendant, le chiffre de 10 000 morts continue de crisper, car il suggère un nombre de décès potentiellement très élevé, bien au-delà des bilans provisoires.



