Dans la nuit du jeudi 9 au vendredi 10 juillet, vers 3 heures du matin, un Montpelliérain de 21 ans a été poignardé à cinq reprises sur les marches du Corum. Grièvement blessé, il est resté quinze jours à l’hôpital. Il raconte son calvaire.
Une altercation déclenchée par une dette
Ce soir-là, la victime se trouve avec une dizaine d’amis sur les marches du Corum. C’est le soir du match France-Maroc de la Coupe du monde. Le groupe croise quatre jeunes. « La situation a dégénéré à cause d’une histoire de dette pour laquelle j’étais complètement étranger », témoigne le Montpelliérain.
Les échanges ont commencé par des insultes avant de tourner à la bagarre. « Ça s’est parlé, puis insulté, et c’est parti en bagarre quand l’un d’eux a dit : “Je vais vous charcler” », relate-t-il. Le jeune homme ne comprend pas pourquoi il a été pris pour cible. « Peut-être parce que j’étais devant et que les autres ont reculé. » Il se défend face à un individu armé d’une bouteille en verre, puis tombe au sol.
C’est là qu’un autre jeune s’acharne sur lui et le roue de coups. La victime ne le connaît que de vue, via une connaissance commune liée à un studio de rap. « Je ne sais pas son âge, où il habite, ce qu’il fait dans la vie. Je n’ai aucune information sur cette personne. Rien. »
« Mon sang giclait de mon corps »
Sur le moment, le Montpelliérain ne réalise pas qu’il a été poignardé. Un ami s’interpose alors, reçoit lui aussi des coups, mais parvient à faire fuir l’assaillant. « C’est à ce moment-là que j’ai vu que je baignais dans mon sang, côté droit. Je me suis aussitôt relevé et mon sang giclait de mon corps au niveau du thorax. Ça ne s’arrêtait pas. »
Il part en courant vers l’arrêt de tram « Corum », puis s’écroule après quelques marches. Les pompiers le prennent en charge. « Je me souviens être allongé sur une mare de sang avec plein de personnes autour de moi qui font des points de compression. Quand les pompiers sont arrivés, je me suis mis à vomir mon sang », raconte-t-il.
« À deux minutes près, c’était la mort »
La victime se réveille en soins intensifs. Le médecin lui annonce : « À deux minutes près, c’était la mort. » Le diagnostic est lourd : perforation du poumon, du foie, de l’estomac et du duodénum. Une plaie au triceps lui a aussi sectionné un nerf. « Ce qui fait que, maintenant, je ne sens plus une partie de ma main », explique-t-il. Au total, il restera quinze jours à l’hôpital.
Un traumatisme profond malgré la survie
Physiquement, le jeune homme est contraint à l’immobilité et suit des séances de rééducation. Moralement, il est brisé. « Je suis complètement traumatisé. Je ne veux plus sortir de chez moi. Je repense constamment à la scène. Dès que je ferme les yeux, je vois mes agresseurs. Je me revois dans une mare de sang », confie-t-il.
Il doit aussi consulter un psychologue. « J’ai l’impression que tout le monde m’en veut et veut m’agresser. Lorsque je suis obligé de sortir pour des rendez-vous médicaux, j’ai peur qu’on s’en prenne à moi. » Son agresseur est toujours en fuite. « J’ai peur que la police ne le retrouve jamais », ajoute-t-il. L’enquête est menée par la police judiciaire.
La victime dit vouloir quitter Montpellier, où elle a passé douze ans. « On va partir dans le Nord avec ma mère. »
« Ils voulaient me finir au sol »
Interrogé sur la violence de l’époque, le Montpelliérain s’emporte : « C’est une violence qui est dégénérative. Ça ne devrait pas en arriver jusque-là, de vouloir mettre fin à la vie de quelqu’un. Ce n’est pas un simple coup de couteau ou une agression où on m’a tabassé. C’est une atteinte à ma vie. Ils voulaient me finir au sol. »
Son avocat, Me Marc Gallix, dénonce une tentative de meurtre. « C’est encore un dossier d’une violence inouïe et totalement gratuite. Mon client, qui a un casier vierge, ne connaissait pas son agresseur, si ce n’est de vue, et surtout il n’avait aucun différend avec lui. Il lui a malgré tout asséné cinq coups de couteau qui auraient pu s’avérer mortels car trois d’entre eux ont touché des zones vitales », déclare-t-il. « L’auteur, qui est aujourd’hui en fuite, a agi pour tuer. J’attends désormais l’ouverture de l’information judiciaire. »
Un avenir sportif compromis
Avant l’agression, le jeune homme pratiquait la lutte et la musculation. « J’aimais beaucoup faire du sport. Mais là je ne peux plus rien faire. Avec ma main qui est handicapée, je ne sais pas si je pourrais reprendre mes activités sportives. Je peux me brûler, je ne le sens pas », regrette-t-il. « Les médecins m’ont dit que ce n’était pas sûr que je puisse la récupérer comme avant. »



