L'association AC Anticor a déposé une plainte, révélée le 12 août 2026, visant un système présumé d'emplois fictifs au sein de la RATP. Cette plainte concerne des élus parisiens et franciliens qui auraient été rémunérés par le groupe de transport public sans exercer de fonctions réelles. Le dossier a été transmis au parquet de Paris, qui devra déterminer s'il y a lieu d'ouvrir une enquête préliminaire.
Des révélations issues d'une enquête approfondie
Selon les informations rapportées par Libération, l'enquête a mis au jour des contrats de travail signés entre la RATP et plusieurs personnalités politiques locales. Ces contrats auraient été conclus entre 2015 et 2020, période durant laquelle certains élus cumulaient déjà des mandats électifs. Les intéressés auraient perçu des salaires mensuels allant de 3 000 à 8 000 euros, selon leur niveau de responsabilité présumé.
L'association AC Anticor, spécialisée dans la lutte contre la corruption, affirme que ces embauches ne correspondaient à aucune mission précise. Les intéressés n'avaient pas de bureau attitré, pas de supérieur hiérarchique direct, et aucun compte rendu d'activité n'a été retrouvé. Ces éléments constituent, selon l'association, "des indices sérieux et concordants" de l'existence d'un système organisé.
Des élus de différents bords politiques
Les élus concernés appartiennent à divers partis politiques, allant de La République En Marche à Les Républicains, en passant par le Parti socialiste. Certains occupent ou ont occupé des postes importants, comme des mairies d'arrondissement ou des mandats de conseillers régionaux. L'un d'eux, ancien adjoint au maire de Paris, aurait perçu près de 120 000 euros par an pendant trois ans, sans aucune activité avérée.
D'après les calculs effectués par les enquêteurs, le préjudice total pour la RATP pourrait dépasser 1,5 million d'euros sur la période considérée. Ce montant inclut les salaires versés, les charges patronales et les avantages en nature (téléphone, véhicule de fonction). L'entreprise publique aurait également supporté des frais de déplacement pour des déplacements personnels des élus.
La RATP conteste les faits
Dans un communiqué, la RATP a fermement contesté les accusations, affirmant que "toutes les embauches ont été réalisées dans le respect du droit du travail et des procédures internes". La direction du groupe souligne que les personnes concernées ont fourni des rapports d'activité et que leur travail a été évalué par leurs supérieurs. Elle se dit "confiante dans la procédure judiciaire" et prête à coopérer avec la justice.
Me François Doucet, avocat de l'association AC Anticor, a indiqué à Libération que "cette plainte s'inscrit dans une démarche plus large de lutte contre le détournement de fonds publics". Il a précisé que son client avait déjà déposé plusieurs plaintes similaires contre d'autres entreprises publiques, notamment la SNCF et la Poste. "Nous attendons désormais que la justice fasse toute la lumière sur ces pratiques", a-t-il ajouté.
Des précédents dans le secteur public
Cette affaire rappelle le scandale des emplois fictifs au Conseil régional d'Île-de-France, qui avait éclaté en 2019. Plusieurs élus avaient alors été mis en examen pour détournement de fonds publics. La RATP avait déjà été épinglée en 2021 par la Chambre régionale des comptes pour des recrutements jugés "irréguliers" au sein de sa filiale de formation.
L'ouverture d'une enquête préliminaire pourrait avoir des conséquences importantes pour la RATP, qui est déjà confrontée à des difficultés financières. Le groupe public, qui emploie environ 45 000 personnes, a enregistré une perte nette de 200 millions d'euros en 2025. Si les faits étaient confirmés, la RATP pourrait être contrainte de rembourser les sommes versées et de payer des amendes, ce qui aggraverait sa situation.
L'association AC Anticor espère que cette plainte aboutira à des poursuites pénales. Elle compte également saisir la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) afin de vérifier les déclarations d'intérêts et de patrimoine des élus concernés. La décision du parquet de Paris est attendue dans les prochaines semaines.



