Des milliers de plaintes pour violences sexuelles sur mineurs sont actuellement en attente de traitement, faute d'enquête approfondie. Selon une enquête exclusive du Point, le nombre de plaintes classées sans suite ou en attente d'investigations atteint des chiffres records, suscitant l'indignation des associations de protection de l'enfance.
Un engorgement sans précédent des services d'enquête
L'enquête révèle que plus de 20 000 plaintes pour agressions sexuelles sur mineurs sont actuellement en souffrance dans les services de police et de gendarmerie. Ces dossiers, souvent complexes, nécessitent des auditions, des expertises et des investigations qui ne sont pas menées faute de moyens humains et matériels.
Selon une source judiciaire proche du dossier, « les services d'enquête sont saturés, et les victimes attendent parfois plusieurs années avant qu'une enquête ne soit ouverte ». Cette situation est d'autant plus préoccupante que la prescription de l'action publique, qui a été allongée à 30 ans après la majorité des victimes, ne résout pas le problème de fond.
Des victimes livrées à elles-mêmes
Les victimes, souvent mineures au moment des faits, se retrouvent dans une attente insoutenable. Beaucoup d'entre elles déposent plainte après des années de silence, mais se heurtent à un système judiciaire engorgé. Les associations, comme La Voix de l'Enfant, dénoncent « une justice à deux vitesses » où les affaires les plus médiatisées sont traitées en priorité, au détriment des dossiers ordinaires.
Un avocat spécialisé dans la défense des victimes, Me Pierre Tessier, souligne : « C'est un scandale d'État. Des milliers d'enfants attendent que leur agresseur soit jugé, pendant que les agresseurs restent en liberté. » Il ajoute que « la priorité doit être donnée à ces enquêtes, car chaque jour qui passe laisse des victimes sans réparation ».
Des moyens insuffisants et une réforme attendue
Le ministère de la Justice reconnaît un « sous-effectif chronique » dans les brigades spécialisées dans les atteintes aux personnes. Une réforme de la police judiciaire est en cours, mais elle ne suffira pas à résorber le stock de dossiers en attente. Les syndicats de police réclament des recrutements massifs et une spécialisation accrue des enquêteurs.
Selon les chiffres officiels, le nombre de plaintes pour violences sexuelles sur mineurs a augmenté de 30% en cinq ans, mais le taux de classement sans suite reste élevé, autour de 60%. Cette disproportion entre les plaintes déposées et les poursuites engagées nourrit un sentiment d'impunité chez les agresseurs et un profond désarroi chez les victimes.
Un appel à la mobilisation générale
Les associations appellent à une mobilisation générale de la société civile et des pouvoirs publics. Elles demandent la création d'un pôle spécialisé au sein du parquet, dédié aux violences sexuelles sur mineurs, avec des moyens dédiés. Elles proposent également la mise en place d'un guichet unique pour les victimes, afin de simplifier les démarches et de garantir un suivi psychologique.
« Il est urgent d'agir. Chaque plainte qui s'ensable est une victime qui souffre en silence », conclut le président de l'association Enfance et Partage. En attendant, des milliers de dossiers restent dans les tiroirs, et la justice peine à rendre une décision pour les plus vulnérables.



