Enzo, serveur au bar L'Atmosphère, a vécu de l'intérieur la bagarre impliquant des supporters de l'OGC Nice, jeudi soir. Il décrit une scène de chaos dans le quartier du canal Saint-Martin et à l'intérieur de l'établissement.
Une soirée estivale tourne au cauchemar
Entre deux cafés à servir, il pose son plateau et prend le temps de revenir sur la soirée qu'il a vécue. Béret sur la tête et chemise à carreaux sur les épaules, Enzo était à la caisse du bar L'Atmosphère, un lieu bien connu des habitués du canal Saint-Martin, dans le Xe arrondissement de Paris. En ce vendredi ensoleillé, le service reprend sous le soleil. La terrasse est installée et l'efficacité des services de propreté de la Ville ferait presque oublier les images violentes de la veille.
Les vitres du bar saccagées
Seuls les quelques débris de verre encore visibles au sol à 8 heures du matin et les vitres du bar détruites par des jets de verre, de chaises et même de tables sont là pour rappeler que quelques heures plus tôt, des dizaines de supporters de l'OGC Nice - qui affronte Lens ce soir en finale de la Coupe de France -, dont certains affiliés à l'extrême droite, s'en sont violemment pris à des badauds, venus profiter de ce premier soir aux températures estivales du printemps 2026.
Il est 23 heures quand des chants résonnent le long du canal. « J'ai vu au loin une sorte de marée noire, de l'autre côté de l'eau. Ça gueulait de partout », rembobine Enzo. « Puis, ils ont traversé le pont en face du bar et ont commencé à jeter tout un tas de trucs. Ils sont ensuite arrivés sur la terrasse », poursuit-il.
La panique s'empare des clients
En voyant arriver cette masse, les clients prennent peur. Une salariée du bar demande à tout le monde de se réfugier à l'intérieur. « Quelques clients ont voulu commencer à se défendre, mais ils ont vite vu qu'ils ne feraient pas le poids. Alors ils sont entrés à l'intérieur », explique Enzo. Sauf que certains supporters en profitent pour s'engouffrer également dans l'établissement.
« Là, c'est vraiment parti en vrille. On ne savait plus qui était qui. Les mecs prenaient et cassaient tout ce qu'ils pouvaient. En arrivant, j'ai remarqué qu'on n'avait plus de couteau à pain. Ils l'ont sûrement pris », déduit le serveur alors que son patron est au commissariat pour porter plainte.
« Les lumières se sont éteintes »
« Les gens se sont cachés sous les tables et on a attendu que ça passe. À un moment, les lumières se sont éteintes. On a essayé de mettre des chaises et des tables pour empêcher les gens de rentrer. Mais les clients ont fait ce qu'ils ont pu… On n'a pas trop compris ce qu'il s'était passé », poursuit le serveur qui se souvient de personnes « habillées en noir, d'autres avec des masques ».
« Puis la police est arrivée, elle a bloqué la rue. Vu qu'il y avait beaucoup de monde, ils ont essayé de disperser la foule pour éviter les rassemblements devant. On n'a pas trop parlé avec eux », poursuit Enzo, encore incapable d'estimer les dégâts.
« On ne va pas s'arrêter de vivre »
Hier soir, lui et sa collègue étaient « sous le choc ». « On ne se rendait pas bien compte de ce qu'il s'est passé, un peu abasourdi », témoigne-t-il. « C'est la première fois que je vois ça, une telle violence. Après, c'est le canal Saint-Martin, il y a souvent du monde, il se passe souvent beaucoup de choses. Mais à ce point-là… Ce n'est pas anodin », se questionne le serveur, qui a tenu à ouvrir ce matin.
« Il faut bien qu'on rattrape le coup ! », lâche-t-il dans un sourire. « On ne va pas s'arrêter de vivre pour ça. Les clients sont là, il faut essayer de voir le bon côté des choses. Il n'y a pas eu de blessés chez nous. Plus de peur que de mal, disons… D'ailleurs, on a plein de clients qui nous ont dit qu'ils reviendraient payer leur note d'hier. Parce que quand même, on en a plein qui sont partis sans payer ! On ne va pas leur en vouloir, c'était un peu la panique », sourit Enzo.
À l'intérieur du bar, où il raconte la scène à son collègue, Enzo revient sur un élément de la soirée. « On avait une jeune serveuse en essai hier soir. La pauvre, elle voulait juste rentrer chez elle ! J'ai l'impression qu'on ne la reverra pas… »



