Le tribunal correctionnel de Nîmes a condamné, ce mardi 15 septembre, une mère de famille comorienne à 36 mois de prison, dont 21 mois assortis d'un sursis, pour des violences habituelles sur trois fillettes qui lui avaient été confiées. La quinquagénaire, qui comparaissait libre et sans avocat, est ressortie libre de l'audience. Sa fille, également poursuivie pour les mêmes faits, a comparu à ses côtés.
Une fillette de 8 ans se confie à son enseignante
Les faits ont été révélés en 2023 lorsqu'Élise (prénom modifié), une petite Comorienne âgée de 8 ans, s'est confiée à son enseignante. Épuisée et effrayée, l'enfant, qui portait un cartable sur le dos, a expliqué qu'elle avait été frappée et ne voulait plus retourner au domicile d'Ahamadi, une Comorienne qui en avait la garde depuis deux ans dans le quartier de Pissevin à Nîmes.
Selon l'enquête menée par la police, Élise était réveillée dès 6 heures du matin pour faire le ménage avant de rejoindre l'école. La femme, que l'enfant appelait « tante », l'a frappée avec un fil électrique, une cuillère brûlante, un manche à balai ou encore un rouleau de papier. L'enfant arrivait souvent sale à l'école et portait des traces de lacérations, des brûlures et des plaies importantes.
Arrivée des Comores, la petite fille avait été opérée du cœur en région parisienne avant d'être confiée par ses proches à Ahamadi. Elle souffre toujours de problèmes cardiaques et est aujourd'hui placée dans une famille d'accueil, scolarisée dans un collège.
Deux autres fillettes victimes des mêmes sévices
L'enquête a révélé que deux autres fillettes confiées à cette famille comorienne avaient subi le même sort. La « matrone » leur imposait également des tâches ménagères et les fillettes vivaient dans la peur. Une dizaine d'enfants auraient été placées par leurs parents chez la « tante », qui percevait les allocations familiales pour ses enfants, y compris pour les petites filles placées chez elle.
Lors de la perquisition, les enquêteurs ont saisi un cahier où étaient indiquées les sommes perçues par la « tante » – 7 500 € – ainsi que de nombreux papiers d'identité. Les petites filles vivaient dans un appartement sale et le réfrigérateur était dans un état lamentable.
Entendue dans le cadre de l'enquête et placée en détention provisoire, la « tante » s'est défendue, assurant que les traces de brûlures étaient liées à des accidents domestiques et contestant les violences. Les faits, initialement qualifiés de traite d'êtres humains, ont été requalifiés en violences habituelles sur mineures avec une incapacité supérieure à 8 jours, commises entre septembre 2023 et janvier 2024, et de septembre 2021 à juin 2023 à Nîmes.
« Chez nous, cela fait partie des traditions »
À la barre, la quinquagénaire a nié l'essentiel des faits. « J'ai pas tapé pour blesser », s'est-elle défendue, ne reconnaissant que quelques « tirages » d'oreilles. « C'est moi qui fais le ménage et je leur demandais de m'aider, de faire des choses », a-t-elle précisé.
Sa fille, qui conteste également la prévention, a justifié les pratiques par des traditions culturelles : « Chez nous, cela fait partie de nos traditions. On mange ensemble et les enfants participent aux tâches ménagères. » Les deux prévenues ont affirmé que si les fillettes étaient réveillées dès 6 heures, c'était « pour se préparer » avant de rejoindre l'école.
Me Laure Mattler, l'avocate de la petite Élise, a décrit des violences psychologiques et physiques, des coups de câbles. Le médecin expert a constaté des lésions, des cicatrices plus ou moins anciennes, de multiples ecchymoses et des brûlures. « Il y a aussi ces corvées imposées à la petite fille. Et le comportement de cette enfant qui a faim et dissimule des aliments dans ses chaussures », a relevé l'avocate. L'enfant reste dans « une situation de blocage » et « un grand isolement », sans nouvelles de sa famille.
Des peines prononcées et des mesures de protection
Me Anne-Sophie Turmel, l'avocate des deux autres petites filles, a souligné : « Ces enfants qui étaient isolées n'avaient ni refuge, ni recours. L'une de ces enfants qui devait appeler Ahamadi “maman” avait 6 ans. Ces règles étaient imposées par la peur. Il y a les coups portés devant tout le monde et la faim. »
La représentante du parquet a rappelé que l'enfant qui s'était confiée à l'enseignante pleurait en silence et se cachait sous un bureau. « Ce sont trois mineures qui étaient dans l'isolement, en l'absence de leurs parents. Et elles n'étaient pas traitées de la même manière que les enfants de la prévenue qui, eux, n'étaient pas battus. Ces faits ont été confirmés par l'ex-petite amie du fils de cette famille. »
Le tribunal a suivi les réquisitions du parquet. Ahamadi a été condamnée à 36 mois de prison, dont 21 mois assortis d'un sursis. Elle est ressortie libre. La peine est assortie d'une interdiction d'accueillir des mineurs et d'entrer en contact avec les victimes. Deux des trois fillettes vivent aujourd'hui chez leurs parents dans l'Indre.



