Fusillade à Nice : deux morts, six blessés, le maire dénonce une guerre des narcos
Nice : deux morts dans une fusillade liée au narcotrafic

Le maire de Nice, Éric Ciotti (UDR), a qualifié de guerre la fusillade survenue lundi 11 mai dans le quartier des Moulins, en marge d’un point de deal. Vers 15 h 30, place des Amaryllis, un homme armé d’une kalachnikov, arrivé en trottinette, a ouvert le feu sur l’épicerie Le Palais Sucré. Le bilan provisoire fait état de deux morts et six blessés, dont trois en urgence absolue, ainsi que trois personnes en état de choc. Les victimes sont âgées de 23 à 57 ans.

Un quartier sous tension

Éric Ciotti a dénoncé une violence chronique : « Nous avons onze morts victimes du narcotrafic depuis juillet 2024 dans ce seul quartier, c’est inacceptable. » Il a évoqué une « guerre de territoires » entre réseaux de narcotrafiquants et une « tentative de conquête de groupes marseillais ». Parmi les victimes collatérales, un entraîneur de football bien connu du quartier aurait été touché par les tirs.

Le maire a exigé un renforcement durable des effectifs nationaux dans les Alpes-Maritimes et plus de moyens pour enquêter. « J’attends des actes », a-t-il déclaré après s’être entretenu avec le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. Il réclame « des armes, au sens premier du terme, mais aussi des armes au sens juridique, judiciaire et pénal ».

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La colère des habitants

La première adjointe à la sécurité, Françoise Souliman, a évoqué « la colère des habitants » face à une violence au-dessus de la normale. « Les Moulins sont devenus l’un des quartiers les plus violents au prorata de la population en France », a-t-elle affirmé, réclamant 200 policiers nationaux supplémentaires à Nice.

L’escalade de la violence

Le quartier des Moulins, construit entre les années 1960 et 1970 dans l’ouest niçois, s’étend sur 63 hectares pour environ 8 000 habitants. Classé quartier prioritaire, il concentre pauvreté, chômage, décrochage scolaire et violences liées au trafic de stupéfiants. Malgré 220 millions d’euros investis depuis 2010 par la Métropole Nice Côte d’Azur pour désenclaver le secteur, les réseaux criminels ont conservé leur emprise, notamment autour de la place des Amaryllis.

Les fusillades y sont récurrentes. En juillet 2024, un incendie criminel lié au narcobanditisme avait tué sept membres d’une même famille, dont trois jeunes enfants. En octobre 2025, une autre fusillade à la kalachnikov avait fait deux morts et cinq blessés. Vendredi 8 mai, une épicerie du quartier avait été ciblée par des tirs et une explosion.

Pour enrayer la violence, une brigade de sécurité privée, l’unité Gaïda, patrouille depuis mai 2024. Ses 16 vigiles, financés aux deux tiers par les bailleurs sociaux, ont effectué plus de 5 700 évacuations et 130 saisies de stupéfiants.

Une « marseillisation » de Nice

Pour Laurent Martin de Frémont, secrétaire départemental du syndicat Unité SGP, « on a l’impression d’assister à une “marseillisation” de la métropole niçoise, nous avons maintenant à Nice des morts à une heure d’affluence, c’est un niveau que l’on n’avait jamais atteint ». Il déplore le manque d’effectifs : « Ça fait maintenant quatre ans que nous demandons des effectifs. »

Éric Ciotti a annoncé la création de patrouilles mixtes avec la police nationale et l’ouverture d’un nouveau poste de police municipale place des Amaryllis, à vingt mètres du point de deal. Entre 12 et 24 policiers municipaux y seront affectés, avec une présence quotidienne de 7 h 30 à 19 h 30 et des patrouilles nocturnes. « Nous avons besoin d’une police de sécurité qui soit présente au quotidien sur le terrain, il faut qu’on regagne ce quartier », a martelé Françoise Souliman.

À gauche, l’élu d’opposition Julien Picot (PCF) critique une réponse médiatique : « Il faut arrêter les opérations de communication sécuritaire. » Selon lui, la lutte contre le narcotrafic ne peut reposer uniquement sur la répression : « Il faut remettre les acteurs autour de la table, réinvestir dans les services publics, la sécurité, mais aussi dans la prévention et dans le tissu associatif. » À Nice, la reconquête des Moulins s’annonce comme un combat de longue haleine.

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