Le 14 juillet 2016, la vie de Célia Viale bascule sur la Promenade des Anglais. Sa mère est tuée, son père blessé. Dix ans plus tard, elle est devenue une figure de proue des victimes et une artiste qui transforme sa douleur en création.
Un devoir de mémoire national
À l'approche du dixième anniversaire, Célia Viale attend une reconnaissance de la nation. « Le rôle des cérémonies officielles, c’est qu’on ait une reconnaissance de la nation. C’est un devoir de mémoire, pas seulement niçois, mais aussi national », déclare-t-elle. Ces dernières années, l'État a déserté les commémorations, à l'exception du préfet. « Il n’y avait plus aucune figure de l’État. Je regrettais qu’il n’y ait même pas des petits messages de la part d’un ministre ou du président. Au fur et à mesure des années, on s’est vite, très vite, senti un peu oublié. »
Pour ce dixième anniversaire, Emmanuel Macron et l'ancien président François Hollande seront présents. La mairie de Paris a avancé son feu d'artifice au 13 juillet. « C’est très symbolique. C’est un petit geste, mais ça touche. Oui, c’est très parlant pour nous. Ça nous fait du bien, quelque part », confie Célia.
Le combat judiciaire pour la vérité
Ce qui l'empêche de tourner la page, c'est le silence autour du volet judiciaire sur la sécurisation de la Promenade des Anglais. L'instruction dure depuis dix ans, dépaysée à Marseille, sans procès en vue. « Ce que l’on sait, c’est qu’on n’a toujours pas le dispositif policier précis au moment de l’attentat. C’est quand même cocasse pour ne pas dire autre chose, une instruction qui dure 10 ans », déplore l'ancienne co-présidente de l'association Promenade des Anges.
Ce combat est devenu un moteur pour de nombreuses familles. « Comprendre ce qui a échoué, ce qui a défailli, ça, c’est nécessaire aussi à notre construction. Parce que moi, je n’en démords pas, mais je trouve que d’avoir des hauts postes, c’est très bien, mais il n’y a pas que quand ça va bien qu’il faut en jouir, il y a une contrepartie à ça », ajoute-t-elle.
Les difficultés des indemnisations
Le parcours des indemnisations est un autre combat. « C’est beaucoup ma faute. J’ai vachement de mal à avancer dans ce truc-là. Parce que ce sont des démarches aussi particulières, de devoir prouver qu’on a eu telles et telles conséquences dans notre vie, ce n’est pas toujours évident. Donc on n’avance petit pas par petit pas », explique-t-elle.
L'art comme thérapie
Après l'attentat, Célia, étudiante aux Beaux-Arts, a perdu toute capacité de créer. Puis, l'envie de vie a repris le dessus. « Je me reconstruis grâce à ma pratique artistique », souffle-t-elle. Son art est plus fort qu'un divan de psy. « Mon parti, c’est d’essayer de transformer les choses dégueulasses en quelque chose de beau. Beau… entre guillemets. Et de parler du temps lent, et de retrouver ce truc-là, ce rythme qui est nécessaire à la remise en forme. »
Une réflexion sur la valeur dans une société productive
Sa pratique plastique explore une question cruciale : que vaut-on quand on est brisé dans une société ultra-productive ? « Le but, c’est que ça aille vers l’universel aussi. Ma démarche, c’est aussi ça : ce que l’on est en tant qu’individu quand on n’est pas productif. Parce qu’en réalité, c’est ça qui est difficile, c’est de se dire que j’ai l’impression de ne servir à rien à la société et d’être juste une victime. Et on n’est pas que ça. Il faut que ça se serve à quelque chose, ce statut-là et ce qu’on vit. »
Victime, mais aussi artiste, Célia Viale transforme le chaos en œuvre commune, affirmant que le monstre n'a pas gagné.



