Narcotrafic : le débat Midi Libre entre une avocate et un maire de l'Hérault
Narcotrafic : le débat entre une avocate et un maire

Le maire de Saint-Geniès-des-Mourgues et vice-président du Conseil départemental de l'Hérault, Yvon Pellet, réclame un « droit à l'erreur sans sanction » pour les gendarmes et les policiers, tandis que l'avocate nîmoise Khadija Aoudia estime que le narcotrafic prospère faute d'une stratégie globale. Ce débat est publié dans la page « Lignes ouvertes » de Midi Libre, le 5 septembre 2026.

Le coup de gueule d'un maire contre le laxisme judiciaire

Yvon Pellet, maire depuis 31 ans d'un village de 2 100 habitants, exprime son indignation face aux déclarations du président Emmanuel Macron et des ministres Nuñez et Darmanin. Il dénonce des réformes annoncées pour 2027 qui ne seront pas mises en œuvre une fois élus. Il pointe notamment l'absence de décrets d'application après le vote en première lecture, en juillet, d'une proposition de loi sur la présomption de légitime défense.

Selon lui, la justice française s'appuie sur des textes du siècle dernier, conçus pour une époque où l'on « réglait ses affaires sans débordements extérieurs ». Aujourd'hui, regrette-t-il, « on tue comme à l'époque on mettait une baffe ou un coup de poing ». Il appelle à défendre les gendarmes et policiers en leur accordant ce droit à l'erreur face à des délinquants « bien souvent multirécidivistes ».

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Les avocats pointés du doigt, la défense défendue

Yvon Pellet critique également les avocats qui s'engouffrent dans des détails procéduraux pour faire casser des procès, obligeant à des recommencements coûteux en temps et en argent. Il estime que les narcotrafiquants, grâce à leur argent, sont toujours défendus par les meilleurs avocats qui cherchent des failles. Il lance : « Mesdames et messieurs les avocats, ne demandons pas à la société de lutter contre le narcotrafic, les meurtres et les viols d'enfants si après, les auteurs confondus, vous vous évertuez à vous battre pour les faire acquitter. »

Khadija Aoudia, avocate à Nîmes, lui répond en rappelant que « dans un État de droit la défense n'est pas l'obstacle à la justice, mais l'une de ses conditions ». Elle ajoute qu'une enquête solide ne craint pas une bonne défense. Elle souligne que le narcotrafic ne prospère pas parce que la justice serait laxiste, mais parce que la répression est chargée de résoudre seule un problème « économique, social, sanitaire et international ».

Des chiffres qui interrogent la stratégie répressive

Khadija Aoudia rappelle que la France pénalise les stupéfiants depuis 1916 et n'a cessé de renforcer son arsenal. En 2024, une commission d'enquête sénatoriale, à l'initiative du groupe LR, estimait ce marché à au moins 3,5 milliards d'euros et constatait une réponse publique manquant « de moyens, de lucidité et de cohérence ». Elle note que les saisies liées aux stupéfiants n'atteignaient que 117 millions d'euros en 2023, soit une fraction du marché.

Elle cite également le constat du Sénat sur un « affaiblissement » de l'ancienne police judiciaire après la réforme sous Gérald Darmanin, et une « marginalisation de l'investigation spécialisée ». Elle s'interroge sur la capacité à lutter contre l'emprise des réseaux après l'abandon de la police de proximité sous Nicolas Sarkozy, et souligne que la pauvreté ne fabrique pas des délinquants, mais que chômage, décrochage scolaire et ségrégation urbaine favorisent l'économie parallèle.

Vers une régulation du marché ?

Khadija Aoudia évoque l'exemple de la prohibition de l'alcool aux États-Unis dans les années 1920, qui n'a pas supprimé la demande mais a offert au crime organisé un marché clandestin. Elle note que plusieurs États européens expérimentent la régulation du cannabis et demande pourquoi la France s'interdirait d'en évaluer les résultats. Selon elle, réguler ne signifie pas nier les dangers, mais reprendre ce marché à l'économie criminelle et réorienter les moyens vers les réseaux internationaux de blanchiment et les atteintes graves aux personnes.

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Elle conclut que la véritable fermeté consiste à mesurer les résultats et à avoir le courage de changer de politique lorsqu'ils sont insuffisants. Yvon Pellet, de son côté, estime que la France doit devenir « le pays du devoir et des droits de l'homme » et que la gauche s'est perdue en ignorant les questions de sécurité, ce qui a fait basculer électoralement l'Aude, le Gard et une partie de l'Hérault, des territoires autrefois « politiquement roses ».