Dans un éditorial publié le 8 juillet 2026, Cécile Prieur, directrice de la rédaction du Nouvel Obs, tire la sonnette d'alarme sur l'emprise croissante du narcotrafic en France. Elle estime que la République est sortie du déni, mais doit désormais affronter une pieuvre bien implantée qui concurrence l'État dans certains quartiers abandonnés par les pouvoirs publics. Pour lutter contre des organisations mafieuses comme la DZ Mafia, la réponse ne peut pas être uniquement sécuritaire.
Un marché de 7 milliards d'euros par an
L'éditorial rappelle que le marché de la drogue pèse désormais 7 milliards d'euros par an et structure des pans entiers du pays. Pas une ville française sans point de deal, pas un consommateur qui ne puisse se fournir en quelques heures. Cette omniprésence s'accompagne d'une violence endémique, comme l'assassinat en pleine rue à Marseille, en novembre 2025, de Mehdi Kessaci, frère du militant Amine Kessaci, ciblé par la DZ Mafia.
La DZ Mafia est devenue en quelques années l'organisation criminelle la plus puissante de France. Selon une magistrate marseillaise citée dans l'enquête du Nouvel Obs : « Il y a eu une vraie cécité politique sur la montée du narcobanditisme de cité. Nous avons sous-estimé leur volonté d'imposer un contre-modèle de société fondé sur l'argent roi, la loi du plus fort, l'exploitation des plus faibles et le nihilisme. »
Une loi antimafia en 2025
Face à cette menace, l'État a adopté en juin 2025 une loi d'envergure sur le narcotrafic, créant un parquet national anticriminalité organisée. Pour la première fois, la France se dote d'un arsenal antimafia inspiré des méthodes italiennes contre Cosa Nostra. L'objectif est de frapper les trafiquants au portefeuille, en traquant le blanchiment et en asphyxiant les réseaux logistiques, tout en accentuant la pression diplomatique sur des pays comme l'Algérie.
Cependant, Prieur estime que ces solutions sécuritaires ne seront jamais suffisantes. « Le danger ne réside pas seulement dans l'ampleur du trafic de stupéfiants : il tient aussi à la capacité des mafias à s'imposer comme un pouvoir concurrent de la République. » Le narcotrafic est le symptôme d'un mal français : la relégation sociale de centaines de quartiers de banlieue.
Reconquérir la légitimité républicaine
L'éditorial conclut que la misère, l'absence de perspectives et les inégalités criantes sont à la racine de la dérive de milliers de jeunes. Négliger cette réalité ne fait que renforcer le déni face à la force d'attraction des mafias. La République doit lutter pied à pied par la police, la justice, mais aussi par l'école, l'emploi et les services publics pour reconquérir sa légitimité sur l'ensemble du territoire.



