Naissance de Tassnim sur l’aire de Fabrègues : un accouchement inattendu sur l’A9
Naissance de Tassnim sur l’A9 : un accouchement inattendu

Le 7 juin dernier, à 4h30 du matin, Tassnim a vu le jour dans des conditions pour le moins inhabituelles : sur l’aire de repos de Fabrègues, près de Montpellier, sur l’autoroute A9. Ses parents, Rwda et Abdelmagid, réfugiés soudanais installés à Lunel, ne s’attendaient pas à un accouchement aussi précoce et rocambolesque.

Un accouchement précipité sur l’autoroute

La famille, déjà composée de trois garçons, avait prévu la naissance pour la mi-juin. Mais dans la nuit du 7 juin, Rwda ressent des douleurs inhabituelles. Vers 4h du matin, elle comprend que le travail a commencé. Abdelmagid décide de prendre la voiture pour se rendre à l’hôpital Lapeyronie, plutôt que d’attendre une ambulance. Il réveille les enfants, les installe à l’arrière en pyjama, et suit les indications du GPS.

Mais les contractions s’intensifient rapidement. Rwda hurle de douleur, les enfants pleurent, et la panique s’empare de l’habitacle. « Je n’avais jamais eu mal comme ça pour les autres enfants, c’était très difficile », confie-t-elle. Abdelmagid conduit à 130 km/h, sa femme agrippée à son col. « Je lui ai tellement mis de pression et de stress qu’il a raté la sortie », reconnaît Rwda. En effet, sous l’effet de l’agitation, le conducteur manque l’embranchement de l’A709 vers Montpellier. Le GPS annonce alors un trajet de 51 minutes au lieu de 18.

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L’appel au Samu et l’arrivée sur l’aire

Comprenant qu’ils n’arriveront pas à temps, Abdelmagid demande à son aîné, Mohamed, 11 ans, d’appeler le 15. Le centre 15 reste en ligne, mais les médecins peinent à localiser la voiture. « Ils me disaient de m’arrêter sur le bord de l’autoroute mais je leur ai dit que c’était trop dangereux, c’était la nuit, avec des camions. Donc ils m’ont dit de rouler jusqu’à la prochaine aire », raconte le père. Il accélère et fonce vers l’aire de Fabrègues. Soudain, alors qu’il ralentit à l’entrée de la bretelle, il entend un ultime cri : Rwda vient d’accoucher. Tassnim est née sur le siège passager, alors que la voiture roule encore.

« J’ai dit au Samu, le bébé est sorti, et ils se sont mis à me poser plein de questions, est-ce que le bébé a pleuré, est-ce que la maman est allergique à des médicaments. Je n’en pouvais plus », se souvient Abdelmagid. Les secours lui demandent de mettre le chauffage et de placer le bébé contre la mère. Il sort les garçons de la voiture et les confie à la cafétéria de l’aire, avant de revenir auprès de sa femme et de sa fille, alors que l’ambulance arrive.

Un passé marqué par la guerre et la traversée de la Méditerranée

Pour Abdelmagid, cet accouchement a réveillé des traumatismes anciens. « Je n’ai eu peur que deux fois dans ma vie. La première fois c’est quand j’ai traversé la Méditerranée depuis la Libye, on était 500 entassés sur un bateau pneumatique, serrés les uns contre les autres, moi j’avais même la jambe en dehors du bateau. Il s’est retourné, il y a eu beaucoup de morts, et on a été sauvés par les garde-côtes italiens de Sicile », explique-t-il. La seconde fois, c’était le jour de la naissance de Tassnim. « J’ai cru que j’allais perdre toute ma famille et ne plus jamais les revoir, comme quand j’ai traversé la mer. »

Réfugiée en France depuis 2017, la famille a trouvé refuge à Lunel, où Abdelmagid travaille dans une entreprise de logistique à Galargues. La naissance de Tassnim, une première fille, est un grand bonheur pour Rwda : « Une première fille, c’est important pour une maman. »

Un souvenir impérissable

Ce n’est que plus tard dans la journée qu’Abdelmagid a pu vraiment faire connaissance avec sa fille. « J’avais eu tellement peur que je n’ai pas eu sur le moment cette joie, ces moments magiques », confie-t-il. Aujourd’hui, il retient le côté positif : « J’ai eu ma petite perle. » Le plus jeune fils de la famille répète à tout le monde : « Le bébé, il est sorti dans la voiture de papa. » Les parents sourient déjà à l’idée de revenir à Fabrègues montrer à Tassnim où elle est née. L’acte de naissance de l’enfant comporte une mention inhabituelle : « née à Fabrègues (Hérault), Le Bosquet (aire d’autoroute) ».

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