L'accident mortel de la route d'Avignon a été examiné à nouveau ce mardi devant la cour d'appel de Nîmes, après un premier procès en mars dernier. Deux jeunes condamnés à deux ans de prison ferme pour ne pas avoir appelé les secours ont vu leur peine confirmée. Le responsable de l'accident, le conducteur du véhicule, avait écopé de huit ans de prison et n'a pas relevé appel.
Les faits : une mère de famille percutée à l'aube
Nadège, une agente de la SNCF, rentrait du travail à trottinette à l'aube du 23 septembre 2023 sur la route d'Avignon. En une poignée de secondes, elle a été violemment percutée par une voiture dont le conducteur a pris la fuite. La quadragénaire roulait avec un phare sur son engin et un gilet réfléchissant attaché à son sac à main pour être bien visible. Malgré l'intervention des secours, qui ont été prévenus avec retard, la mère de famille est décédée.
L'enquête a mis en évidence deux infractions pour le conducteur : homicide involontaire et non-assistance à personne en danger. Deux autres prévenus ont été mis en examen pour non-assistance en danger, car leur rôle a manifestement eu une incidence sur les chances de survie de la victime. Le juge d'instruction a considéré que ces deux jeunes gens auraient dû appeler les secours, ce qui constitue une infraction pénale.
Un premier jugement et un appel
Lors de l'audience du tribunal correctionnel de Nîmes le 12 mars 2026, le conducteur, positif aux stupéfiants (cannabis et protoxyde d'azote), a écopé de huit ans de prison ferme pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger. Il avait quitté le tribunal avant le délibéré, et les juges avaient délivré un mandat d'arrêt contre lui. Les deux autres personnes, confrontées à l'accident, n'ont pas non plus appelé les secours. Elles n'ont pas contacté les pompiers ni la police alors que la quadragénaire gravement blessée était en train de succomber.
Lors de l'audience de mars, le mari de la défunte était venu sobrement, mais avec une puissance émotionnelle terrible, expliquant que sa femme rentrait du travail et que le couple avait acheté une trottinette pour faire des économies d'essence. La malheureuse avait deux enfants, désormais orphelins de leur mère. La justice a sanctionné le conducteur, mais aussi cet homme et cette femme qui n'ont pas prévenu les secours alors qu'ils ont vu la quadragénaire sur le bord de la route. Lors de la précédente audience, il avait été évoqué un appel au 18 (pompiers) qui n'aurait pas abouti.
L'audience en appel : des images glaçantes
Ce mardi, la cour d'appel a examiné l'appel des deux jeunes gens, condamnés à deux ans ferme pour non-assistance à personne en danger. Ils avaient été arrêtés à l'audience du 12 mars et immédiatement incarcérés. L'ambiance est restée triste et lourde, alors que l'on pouvait voir par moments les images glaçantes des lieux de l'accident sur les écrans de la salle d'audience, restituant l'accident survenu vers cinq heures du matin en septembre 2023.
La présidente Mouttet a demandé pourquoi les prévenus avaient fait appel. C'est principalement la peine qui a motivé l'appel. La première prévenue reconnaît les faits a minima, mais quand la présidente demande de clarifier sa position, elle finit par dire non. "Il n'y avait pas de danger pour vous", pour appeler les secours, précise la conseillère. Elle ajoute que dans la foulée de l'accident, les deux personnes sont allées chercher de l'alcool. Interrogée sur son absence de réaction, la prévenue répond : "J'étais choquée, ça passe tellement vite." Le second prévenu conteste également la non-assistance à personne en danger.
La partie civile : "Nadège, c'était une chouette bonne femme"
L'avocate de la partie civile, Me Lobier Tupin, a évoqué le choc provoqué sur l'ensemble de la famille. Elle a stigmatisé "l'attitude dégueulasse" des trois prévenus (le conducteur de la voiture n'a pas relevé appel de la peine de huit ans). Ne pas prévenir les secours ? "Ils ont eu peur pour eux, ils ont pris de l'alcool et du protoxyde d'azote." Elle a aussi exprimé la douleur immense de la famille face au décès de la victime : "Nadège, c'était une chouette bonne femme."
L'avocate générale est revenue sur la prise de protoxyde d'azote et d'alcool qui a entouré la soirée. Pour la représentante du parquet général, les deux prévenus étaient bel et bien coupables de non-assistance à personne en danger, car ils auraient dû prévenir les secours et peut-être permettre de sauver la vie de la mère de famille. Elle a demandé d'alourdir d'une année la peine de deux ans prononcée par le tribunal correctionnel.
La défense, soutenue par Mes Ferri et Me Mongne, a demandé à la cour de relaxer les deux prévenus, estimant que l'omission de porter secours ne tenait pas. Après délibéré, la présidente a rendu l'arrêt qui confirme le jugement du tribunal correctionnel : coupables, deux ans ferme et maintien en détention.



