Le marché du Soleil, situé dans le 1er arrondissement de Marseille, est depuis des décennies un lieu emblématique pour les chineurs et les amateurs de bonnes affaires. Cependant, ce temple de la débrouille est aujourd'hui miné par la contrefaçon, qui menace son existence même. Les autorités locales ont intensifié leurs opérations de contrôle, avec des saisies records de produits contrefaits.
Une affaire qui tourne mal
Selon la direction régionale des douanes, près de 15 000 articles contrefaits ont été saisis sur le marché en 2023, soit une augmentation de 30 % par rapport à l'année précédente. Ces produits, allant des vêtements de luxe aux accessoires électroniques, sont vendus à des prix défiant toute concurrence, attirant une clientèle toujours plus nombreuse. Mais cette activité illégale a des conséquences désastreuses pour les commerçants légitimes.
« Nous perdons des clients chaque jour à cause de ces vendeurs à la sauvette qui proposent des copies à moitié prix », déplare Ahmed, un commerçant du marché qui vend des vêtements depuis vingt ans. « Les gens ne se rendent pas compte que ces produits sont souvent de mauvaise qualité et qu'ils financent des réseaux criminels. »
Des opérations coup de poing
Face à cette situation, la mairie de Marseille et la préfecture de police ont mis en place des opérations coup de poing régulières. En juin 2024, une vaste opération a mobilisé une centaine de policiers et douaniers, aboutissant à la saisie de plus de 2 000 articles contrefaits et à l'interpellation de huit personnes. « Nous ne laisserons pas ce marché devenir une plaque tournante de la contrefaçon », a déclaré le préfet de police, Christophe Mirmand.
Ces mesures semblent porter leurs fruits à court terme, mais les commerçants restent sceptiques. « Les vendeurs reviennent toujours, parfois le lendemain même », explique Fatima, une vendeuse de chaussures. « Il faudrait une présence policière permanente, mais ce n'est pas possible. »
Un modèle économique menacé
Le marché du Soleil, qui compte environ 300 commerçants fixes et autant de vendeurs occasionnels, génère un chiffre d'affaires estimé à plusieurs millions d'euros par an. Mais la contrefaçon représente une perte sèche pour les commerçants légitimes et pour l'État, qui ne perçoit pas de taxes sur ces ventes illicites.
Selon une étude de la Chambre de commerce et d'industrie de Marseille, la contrefaçon coûte chaque année près de 10 millions d'euros à l'économie locale. « C'est un véritable fléau qui nuit à l'image du marché et à la réputation de Marseille », souligne Jean-Luc Chauvin, président de la CCI.
Des solutions durables envisagées
Pour endiguer le phénomène, la mairie envisage de renforcer la réglementation du marché, notamment en imposant des contrôles d'identité systématiques pour les vendeurs non sédentaires. Une piste consiste également à créer une zone de vente dédiée aux produits d'occasion et aux articles de créateurs, afin de valoriser l'économie circulaire et de réduire l'attrait pour la contrefaçon.
« Il faut réinventer le marché du Soleil pour qu'il reste un lieu de convivialité et de bonnes affaires, mais dans le respect de la loi », affirme Samia Ghali, adjointe au maire chargée du commerce. « Nous travaillons avec les commerçants pour trouver des solutions qui préservent l'âme du marché tout en luttant contre les dérives. »
En attendant, les habitués du marché continuent de venir, attirés par l'ambiance unique et les prix imbattables. Mais beaucoup ignorent les risques liés à la contrefaçon. « Je sais bien que ce n'est pas toujours de la vraie qualité, mais pour le prix, ça me va », confie Karim, un client régulier. Une attitude qui illustre tout le paradoxe de ce marché, entre tradition et illégalité.



