Marche «la plus chère» : le conflit entre un Orléanais et la mairie
Marche «la plus chère» : conflit Orléanais-mairie

Un différend de quelques centimètres oppose un habitant d'Orléans à sa mairie depuis six ans. Guillaume Gravier, connu sous le pseudonyme « GG Tout Compris » sur les réseaux sociaux, a partagé son histoire dans une vidéo publiée le 23 août. Celle-ci est devenue virale, cumulant plus de 26 millions de vues au moment de la rédaction de cet article.

« Je [vous] présente la marche la plus chère de toute ma vie », ironise ce chauffagiste, en référence à ses deux passages en justice perdus. Après la construction de son garage, il s'est retrouvé avec une entrée quatorze centimètres plus haute que le trottoir. Selon lui, la mairie d'Orléans aurait refait le trottoir en supprimant la pente d'accès à son garage, rendant impossible l'entrée de sa voiture sans frotter le bas de caisse.

La réponse du maire : « archi faux »

Face à la viralité de la vidéo, le maire d'Orléans, Serge Grouard (divers droite), a répondu sur son compte Instagram. « Ce monsieur est fort sympathique […] … Sauf que tout ce qu'il dit est faux, archi faux, c'est une remarquable fake news ». Selon lui, la Ville d'Orléans n'a pas « fait n'importe quoi dans les travaux de réfection de la rue », comme le laisse entendre l'habitant. Il développe : « Quand la ville fait les travaux, son garage n'existe pas ».

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L'édile fait référence à des travaux de voirie achevés en juin 2018 dans la rue où réside Guillaume Gravier. Ce dernier « commence les travaux de son garage en octobre 2018 », soutient le maire. « En toute logique, c'est à lui de s'adapter à ce qui a été fait par la ville ». Le permis de construire a été accordé en avril 2018. La construction du garage nécessitait le déplacement d'un compteur électrique et la casse d'une partie du trottoir, imposant des travaux de réfection par la collectivité.

Des versions divergentes et des preuves manquantes

Les versions divergent à partir de ce moment. Le chauffagiste soutient que le trottoir a été refait à plat. Le maire, de son côté, assure qu'il « n'y avait pas de pente avant qu'il ne fasse son garage » ; « le trottoir a toujours été plat, et a été refait à l'identique ». Guillaume Gravier conteste ce point, photos antérieures à la construction du garage à l'appui, dans une seconde vidéo. « On voit bien qu'il (le garage) est en total alignement avec mon fameux seuil de portail. Tout du long, il n'y a aucune différence de hauteur », explique-t-il. Il martèle que le trottoir devant son garage a été refait en 2020 sans la pente initiale.

Par deux fois, la justice a jugé qu'il manquait de preuves. « Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la configuration du trottoir résulterait des travaux de reprise du revêtement de la chaussée réalisés en 2020 », peut-on lire dans la décision de la Cour administrative d'Orléans. « Le constat d'huissier du 2 novembre 2020 produit par les requérants, […] n'est pas de nature à établir que la différence de niveau entre le trottoir et la porte du garage résulterait des travaux de reprise du revêtement de 2020 ».

La décision de la Cour administrative d'appel de Versailles est identique : « Il ne ressort pas des constats d'huissier précités que la reprise de l'enrobé du trottoir effectuée au début de l'année 2020 […] présente une pente différente entre l'alignement de la propriété des requérants et la bordure du trottoir au droit de leur garage ». Il en est de même pour « la différence de niveau entre le trottoir et la porte du garage [qui] résulterait de ces travaux de reprise du revêtement effectués par la métropole d'Orléans ».

Une pente entre 11 et 15 % reconnue par la justice

Les deux juridictions ne nient pas l'existence de cette différence de niveau. Elles ne disent pas non plus que Guillaume Gravier a mal construit son garage ou raconté des « fake news », comme l'avance le maire. Celui-ci est également contredit sur le fait que le trottoir serait resté plat : les « travaux de réfection du trottoir […] réalisés en juin 2018 » ont « conduit à la création d'une dépression ».

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Autre point de discorde : le taux d'inclinaison de la pente en cas de mise à niveau du trottoir. Selon le maire, cette pente serait de « 15 % ». Auprès de France 3 Centre-Val-de-Loire, il interroge : « vous voyez ce que ça fait, 15 % ? Sur le Tour de France, ils galèrent déjà à 9 ou 10 %. C'est de l'espace public, on ne fait pas une pente raide en travers ». Un taux démenti, outils en mains, par Guillaume Gravier dans sa seconde vidéo. « On est à 12.5 % », démontre-t-il, avant d'ironiser sur la difficulté de marcher sur des trottoirs inclinés à 15 %. De nombreux internautes ont également partagé des vidéos humoristiques sur le sujet.

Sur ce point précis, ni l'un ni l'autre n'ont tort. Le Tribunal administratif d'Orléans et la Cour administrative d'appel de Versailles ont retenu la création d'une pente « de l'ordre de 11 à 15 % ». Celle-ci est « de nature à créer une gêne pour la circulation », selon la décision de la Cour administrative d'appel. La décision indique également que l'impossibilité de rentrer une voiture dans le garage n'a pas été établie, par manque de preuves. Contacté dans le cadre de cet article, Guillaume Gravier n'avait pas répondu au moment de la publication. La mairie d'Orléans, via son service presse, n'avait pas non plus répondu à nos questions.