L'ambiance est morose dans le petit local de la maison des associations Daniel Cordier, occupé par l'association Fiertés Béziers. Il y a quelques jours, ils ont dû prendre la douloureuse décision d'annuler la pride de Béziers, prévue le 13 juin, faute d'un nombre suffisant de bénévoles pour assurer la sécurité de l'évènement. Alors que le mois des fiertés rappelle, partout dans le monde, le combat pour les droits des personnes LGBTQIA+, les Biterrois en seront privés.
Une annulation qui pèse sur les cœurs
« On reçoit beaucoup de messages de personnes déçues… Il y a même une lycéenne qui a pleuré, elle attendait l'évènement avec impatience. Nous-même, nous sommes frustrés de ne pas pouvoir offrir une marche à Béziers », regrette Guillaume Callisaya Bassard, membre du bureau de l'association. Avec Adem Manoubi, également membre du bureau, il espère que cette annulation servira d'électrochoc pour impliquer la communauté LGBTQIA+ de Béziers dans l'organisation de l'année prochaine.
Les raisons d'un fiasco
Au départ, l'association retient la date du 6 juin et la déclare auprès de la mairie et de la préfecture dès le mois de décembre 2025. Mais à seulement un mois de l'évènement, la mairie se rétracte et leur demande de déplacer le rendez-vous à cause d'une trop grande concentration de manifestations dans Béziers ce jour. « Nous choisissons les dates en accord avec d'autres associations, notamment celles de Narbonne et Perpignan, pour que les pride ne tombent pas les mêmes week-ends », explique Adem Manoubi. « Si nous manquons de bras, des renforts peuvent ainsi venir d'ailleurs. Sans ce changement de date, la pride aurait été maintenue », affirme Guillaume Callisaya Bassard, soutenu par les hochements de tête de son camarade.
Côté financier, ils vont devoir rendre la somme allouée par la Région spécifiquement pour l'évènement. La mairie, elle, a refusé leur demande de subvention.
Un espace de liberté et d'amour
« Pourtant la pride est un moment important », explique Adem Manoubi avec enthousiasme. « On parle de liberté, de partage, d'amour, d'un espace qui permet d'être qui on veut et de rencontrer des gens. Lorsque je vivais à Lyon, où la pride rassemble près de 15 000 personnes, la pride c'était le jour de l'année où je pouvais être complètement moi-même, et faire des performances en drag queen », raconte-t-il avec joie.
Des bulles d'air dans un contexte difficile
Au-delà de l'aspect festif, c'est aussi un moment important de visibilité pour une communauté qui continue de subir des violences et des stéréotypes. « Il n'y a qu'à voir les chiffres, si on prend le classement européen des droits LGBTQIA+, la France chute. Nous étions 5e en 2017, aujourd'hui nous sommes 15e », s'inquiète Guillaume Callisaya Bassard. « Mais je n'ai pas peur. Dans la rue, je tiens la main de mon mari, je ne veux pas me cacher », poursuit-il.
Adem abonde optimiste : « j'ai quand même l'impression qu'on progresse, quelques soirées LGBT+ ont été organisées au 2, un club du centre-ville et au bar Beer District ». D'ailleurs, lui-même revêtira ses habits de lumière, son maquillage et ses perruques, pour offrir un show drag queen, le 13 juin à l'Arenou, lors d'une soirée qui aurait dû conclure une belle marche des fiertés.
Les personnes souhaitant rejoindre l'association peuvent écrire à marchedesfiertesbeziers@gmail.com.



