Mannequins piégées par une escroquerie tentaculaire
Mannequins piégées par une escroquerie tentaculaire

Des centaines d'aspirantes mannequins à travers la France ont été victimes d'une escroquerie tentaculaire, organisée par de fausses agences de mannequinat qui promettaient des contrats lucratifs. Selon une enquête publiée par Le Monde le 11 août 2026, le préjudice total est estimé à plus de 2 millions d'euros, touchant plus de 300 victimes, principalement des jeunes femmes âgées de 18 à 25 ans.

Une arnaque bien rodée

Le mode opératoire était toujours le même : les victimes étaient contactées sur les réseaux sociaux par de prétendus agents, qui leur proposaient des castings pour de grandes marques. Après un entretien en visioconférence, elles devaient payer des frais de dossier, de photos ou de déplacement, allant de 500 à 5 000 euros. En échange, on leur promettait des contrats avec des maisons de couture prestigieuses, mais les rendez-vous n'avaient jamais lieu.

L'enquête révèle que les escrocs utilisaient des sites web sophistiqués et de faux contrats, imitant parfaitement les documents officiels des agences de mannequinat. Une victime, Marie, 22 ans, témoigne : « On m'a fait comprendre que j'étais trop conne de m'être fait avoir, quand je suis allée déposer plainte. » Ce sentiment d'humiliation est partagé par de nombreuses plaignantes, qui dénoncent une justice à la peine dans le traitement de ces dossiers.

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Des plaintes souvent mal accueillies

Le dépôt de plainte s'avère souvent décourageant. Selon l'avocate Me Claire Dubois, qui représente une trentaine de victimes, « les policiers et les gendarmes, parfois débordés, minimisent ces affaires, les traitant de simples arnaques sentimentales ou de naïveté. » Elle ajoute : « Les victimes se sentent doublement punies : par l'escroc, et par une institution qui ne les prend pas au sérieux. »

Sur les 300 victimes recensées, seules 45 plaintes ont été déposées, et aucune n'a abouti à une condamnation à ce jour. Les enquêtes sont souvent classées sans suite, faute de moyens ou de coordination entre les services de police. Cette situation a conduit certaines victimes à se regrouper en association, « Mannequins Solidaires », pour mutualiser leurs démarches et faire pression sur les autorités.

Un préjudice psychologique et financier

Au-delà de l'argent perdu, les victimes subissent un lourd préjudice psychologique. Beaucoup abandonnent leur rêve de carrière de mannequin, rongées par la honte et la méfiance. Une autre victime, Sophie, 20 ans, a perdu 3 000 euros, ses économies d'étudiante. « Je me sens humiliée, je n'ose plus en parler à ma famille. »

Les escrocs, eux, restent introuvables. Ils opèrent depuis l'étranger, utilisant des cartes SIM prépayées et des comptes bancaires ouverts dans des pays à législation laxiste. Les enquêteurs peinent à remonter les filières, d'autant que les victimes sont disséminées sur tout le territoire.

Des appels à une meilleure protection

Face à cette situation, des associations de consommateurs et des syndicats de mannequins réclament une meilleure information des jeunes et une formation des forces de l'ordre à ces nouvelles formes de délinquance. Me Dubois insiste : « Il faut que les victimes soient prises au sérieux dès le premier dépôt de plainte. »

En attendant, les victimes se tournent vers les réseaux sociaux pour se prévenir mutuellement des arnaques. Un groupe Facebook privé, « Alerte arnaque mannequinat », compte déjà plus de 2 000 membres. Une solidarité qui, selon Marie, « est la seule chose qui nous permette d'avancer ».

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