Le calvaire du poney Obélix, maltraité dans un refuge animalier du Var, bientôt reconnu par la justice ?
Un poney, en résidence dans le mal nommé Sanctuaire de la dernière chance à Ampus, était décédé l’an dernier des suites de mauvais traitements. La présidente de l’association a été jugée mardi à Draguignan.
Privé de soins, à l’instar de chiens présents sur le terrain, l’animal est décédé le 1er mai 2025. Une salle comble, dix-neuf associations constituées parties civiles mais pas de prévenue… Poursuivie pour une flopée d’infractions dont les délits de « sévices graves envers animaux » et d’« exercice d’activité de dressage de chien au mordant sans certificat de capacité », Fabienne Chalard, directrice du Sanctuaire de la dernière chance, situé à Ampus, n’a pas daigné répondre ce mardi après-midi à la convocation du tribunal correctionnel de Draguignan. Son dernier avocat mandaté pour la défendre non plus. Celui-ci a formulé une nouvelle demande de renvoi, refusée par la présidente.
Une association aux statuts étonnants
C’est donc en l’absence de la principale intéressée que le tribunal a déroulé la longue, et souvent écœurante, liste des maltraitances subies par les chiens et le poney Obélix, décédé le 1er mai 2025, que Fabienne Chalard avait sous sa garde depuis 2021. Si le calvaire de l’équidé, révélé en avril 2025 par l’association Extrême sauvetage et l’avocate Me Arielle Moreau, avait ému au plus haut point, la situation catastrophique du refuge était déjà connue des autorités depuis l’automne précédent à la suite d’alertes d’un ancien bénévole « écœuré » par ce qu’il avait pu voir et du maire d’Ampus, inquiet de constater plusieurs chiens divaguer sur ce terrain non clôturé.
Les statuts de l’association laissaient pourtant, de prime abord, bonne impression. L’ancienne « association de protection de la biodiversité et des lémuriens de Madagascar » (sic), renommée « sanctuaire de la dernière chance » deux ans après sa création, avait pour mission « d’améliorer, par tous les moyens qui sont en son pouvoir, le sort de tous les animaux, sauvages et domestiques ». Et plus particulièrement les chiens de catégories 1 et 2 en divagation ou mordeurs « en collaboration avec les tribunaux, la police et la gendarmerie » afin de les « rééduquer » puis de les « replacer au sein de la réserve de la Teranga, en Afrique, aux côtés des rangers black-bird (1) »…
Inspirant confiance, Fabienne Chalard s’était donc vue confier des canidés dans le cadre de procédures judiciaires provenant de toute la France. Son refuge avait ainsi été désigné pour accueillir les deux rottweilers ayant mordu un joggeur à Draguignan en janvier 2023, avant que la justice administrative revienne sur cette décision début 2024.
« Rien n’était aux normes »
Aucun chien ne sera en réalité envoyé en Afrique, malgré les promesses de la directrice. Une douzaine de rottweilers et un malinois seront en revanche découverts en octobre 2024 par la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) vivant dans des conditions effroyables. « Rien n’était aux normes, se souvient la représentante de la DDPP présente ce jour-là. Les boxes étaient trop petits. Ils faisaient 3m² quand il faut 5 m² minimum par chiens. Il y avait des excréments partout. Il n’y avait pas d’eau, pas de couchage, pas d’isolation… Certains chiens présentaient des troubles du comportement, des ulcères aux yeux… Le poney, lui, était en bonne santé apparente. »
Après plusieurs convocations à la gendarmerie restées lettre morte, il était décidé de récupérer les animaux le 6 juin 2025. Une vingtaine de chiens étaient ainsi sauvés de ce « mouroir » dixit une responsable de l’association Un refuge pour Céret ayant coordonné l’opération. Dans la maison, où la DDPP n’avait pas l’autorisation de rentrer lors de son inspection, régnait une « odeur pestilentielle d’excréments et d’urine ». « Un cachot » sans fenêtre était découvert par les gendarmes. À l’intérieur, dans le noir le plus total, deux chiens allongés au sol. L’un mort depuis un certain temps, l’autre très mal en point. Il décédera peu après chez un vétérinaire.
Mandat d’arrêt requis
Un mois et demi avant cette opération, le supplice d’Obélix avait éclaté au grand jour. Vraisemblablement attaqué par des chiens, il était retrouvé un œil crevé, famélique, le museau à vif, un os nécrosé… « Cette maltraitance passive, reconnue depuis plusieurs années par la jurisprudence, constitue des sévices graves, explique la procureure Débora Collombier. L’absence de soins, constatée également pour les chiens, a été consacrée par plusieurs décisions comme étant un acte de violence. Le comportement de Fabienne Chalard a conduit à la mort de trois animaux. »
Elle requiert un an d’emprisonnement avec mandat d’arrêt, la confiscation définitive des animaux récupérés, 2 800 euros d’amende mais aussi les interdictions définitives d’exercer une activité en lien avec les animaux et de détenir un animal. Une demande faite également par l’ensemble des parties civiles, qui sollicitent par ailleurs un total de près de 95 000 euros de dommages et intérêts. « Les conditions d’accueil étaient sordides et les victimes silencieuses, déplore Me Caroline Lanty aux intérêts de la Fondation 30 millions d’amis. Il faut frapper un grand coup pour que cela ne se reproduise plus. » La décision du tribunal sera rendue le 23 juin.
1. D’après nos recherches, aucune unité de ce nom n’existe au Sénégal ou ailleurs en Afrique.



