Lyhanna : une déroute judiciaire pour l'État
Lyhanna : une déroute judiciaire pour l'État

Le tribunal administratif de Paris a condamné l'État à verser 150 000 euros à la famille de Lyhanna, une adolescente de 14 ans renversée par un conducteur sans permis en 2018. Cette décision, rendue le 15 mars 2023, reconnaît la responsabilité de l'État pour carence dans la lutte contre les rodéos urbains.

Un drame évitable

Le 22 septembre 2018, Lyhanna se rendait à un entraînement de handball lorsqu'elle a été fauchée par une voiture conduite par un homme de 28 ans, sous l'emprise de stupéfiants et sans permis de conduire. Le conducteur, connu des services de police pour des rodéos à répétition, avait déjà été interpellé à plusieurs reprises sans suite judiciaire.

Selon l'enquête, le parquet de Bobigny avait classé sans suite plusieurs signalements concernant cet individu. La famille de Lyhanna a déposé une requête en 2019, estimant que l'État n'avait pas pris les mesures nécessaires pour empêcher ce drame.

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La responsabilité de l'État reconnue

Le tribunal a jugé que les autorités publiques avaient commis une faute lourde en ne réprimant pas efficacement les rodéos urbains, malgré la multiplication des signalements. Dans son jugement, il souligne que « l'absence de réaction appropriée des services de l'État a contribué à la réalisation du dommage ».

L'avocate de la famille, Me Sarah Maury, a salué une décision « historique » qui reconnaît enfin la responsabilité de l'État dans ce type de drames. « C'est une victoire pour Lyhanna et pour toutes les familles qui subissent l'inaction des pouvoirs publics face aux rodéos urbains », a-t-elle déclaré.

Un précédent juridique

Cette condamnation pourrait faire jurisprudence. Selon les chiffres de la Sécurité routière, les rodéos urbains ont causé la mort de 12 personnes en 2022 et blessé plus de 200. Les associations de victimes espèrent que cette décision incitera les pouvoirs publics à renforcer les moyens de prévention et de répression.

Le conducteur responsable de la mort de Lyhanna a été condamné en 2020 à cinq ans de prison, dont deux avec sursis, pour homicide involontaire. Mais pour la famille, cette peine ne suffisait pas : ils voulaient que l'État soit tenu pour responsable de sa part de négligence.

Quelles conséquences ?

Le ministère de l'Intérieur n'a pas encore indiqué s'il ferait appel de cette décision. Contacté par Le Point, le ministère a simplement indiqué qu'il prenait acte du jugement et qu'il l'étudiait. Les associations de sécurité routière appellent à un plan d'action national contre les rodéos urbains, incluant des peines plus sévères et une meilleure coordination entre police et justice.

Pour la mère de Lyhanna, cette condamnation est une forme de reconnaissance : « Lyhanna n'aurait pas dû mourir. L'État aurait dû agir. Aujourd'hui, la justice nous donne raison, mais cela ne ramènera pas ma fille. J'espère que cela servira à éviter d'autres drames. »

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