Lisa Bessette, la sœur survivante, vit dans l'ombre 27 ans après le drame Kennedy
Lisa Bessette, sœur survivante, vit dans l'ombre depuis 27 ans

Une existence discrète dans la banlieue de Detroit

Une maison simple, sans aspérité, abrite une femme aux longs cheveux gris et lunettes. Ses voisins la décrivent comme sympathique quoique énigmatique. On peut l'apercevoir attraper un café à emporter, flâner dans le quartier le week-end, ou ôter la neige de son allée l'hiver. Elle réside à Ann Arbor, banlieue de Detroit dans le Michigan, depuis plus de vingt ans avec un professeur d'histoire de l'art.

L'identité cachée derrière la normalité

Dans les parages, peu de gens se doutent de son identité ou de sa proximité avec un drame qui a bouleversé l'Amérique. Elle s'appelle Lisa Bessette. À soixante et un ans, elle est la seule des trois filles Bessette encore en vie. Sa jumelle Lauren et sa cadette Carolyn ont péri dans l'accident de l'avion piloté par John Kennedy Jr le 16 juillet 1999.

Depuis vingt-sept ans, elle a toujours refusé de s'exprimer publiquement. La nouvelle tentative d'un journaliste du Daily Mail n'y a rien changé : « Je ne l'ai jamais fait », s'est-elle contentée de répondre poliment. Une intense curiosité a explosé autour de ce patronyme depuis la diffusion de la série Love Story sur Disney+, qui conte la romance électrique entre le fils de Jackie et John Kennedy et Carolyn Bessette.

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Le silence concerté de la famille Bessette

La mère de Carolyn, Lauren et Lisa, Ann Messina Freeman, leur père William Bessette et leur beau-père Richard Freeman ont adopté la même attitude mutique. Mis à part un communiqué poignant pour confier leur peine face à une telle perte, tous avaient disparu du champ public. Un facteur explique peut-être leur silence post mortem.

Des libertés délirantes avec la réalité

Les Bessette avaient attaqué la famille Kennedy pour obtenir des réparations. Un arrangement a été conclu, une somme approchant les douze millions d'euros a été versée au clan de la mariée en 2001 après dix-huit mois de négociation, afin d'éviter un embarrassant procès.

Ann Freeman, institutrice, était réputée être la force motrice de ces poursuites, se montrant suspicieuse, dès l'origine, à l'égard de ce gendre idéal. Un sentiment ambivalent que Love Story a su exploiter, en témoigne le discours mi-figue mi-raisin de son personnage lors du mariage du couple. Elle n'aurait pas apprécié que les cendres de ses filles soient dispersées avec celles de Kennedy Jr dans l'océan.

Il doit être extrêmement pénible pour les parents de Carolyn Bessette, à leur âge avancé, de revenir dans l'actualité, de tomber sur des affiches, des articles de journaux qui décortiquent l'histoire d'amour de leur fille ainsi que cet accident tragique. Ann Freeman était si furieuse que son défunt beau-fils, pilote sans expérience, ait pris les commandes de son Piper Saratoga malgré une jambe fragilisée, qu'elle était incapable de le nommer autrement que par « lui ».

Les dénonciations des proches

D'autant qu'évidemment la série clinquante en neuf épisodes de Ryan Murphy, adaptée de la biographie de Carolyn Bessette-Kennedy par la journaliste Elizabeth Beller, a pris des libertés délirantes avec la vérité. La comédienne Daryl Hannah, qui a été la précédente compagne de John Kennedy Jr, présentée comme une droguée pénible et fantasque, geignant constamment, est sortie de sa réserve pour dénoncer Love Story dans un texte écrit pour le New York Times.

Elle déclare : « Jacqueline Onassis m'a un jour donné un sage conseil : elle m'a dit que si les tabloïds, les magazines et les journaux colportaient souvent des mensonges ridicules, ils n'étaient plus que du papier toilette dès le lendemain. À l'époque, ces mots m'avaient beaucoup réconfortée. Mais aujourd'hui, ces affirmations ne sont plus valables. »

L'épouse de Neil Young précise qu'elle n'a jamais snifé de cocaïne, ni exigé de se marier, qu'elle ne s'est jamais introduite sans invitation à des obsèques, qu'elle n'a jamais donnée de tuyaux à la presse. Pire : elle n'a jamais comparé la mort de Jackie Kennedy à celle d'un chien. Daryl Hannah enrage et explique avoir reçu quantité de messages haineux de spectateurs.

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Un carton d'audience qui devient un phénomène

Un membre du premier cercle a aussi hurlé de douleur : Jack Schlossberg, le neveu de John Kennedy Jr et fils de sa sœur Caroline Kennedy. Ce trentenaire brun, qui avait six ans quand son oncle est mort, a dénoncé un show grotesque, sans scrupule, destiné à engranger un maximum de profits.

On n'ose imaginer ce que dirait sa mère, la discrète Caroline Kennedy, qui vient d'enterrer sa fille Tatiana, morte d'un cancer rare à trente-cinq ans. Malgré ces dénégations, malgré une mise en scène facile, ou domine l'esthétique de plateforme un peu en toc, Love Story a cartonné outre-Atlantique.

La renaissance d'une époque révolue

En plus de faire revivre un homme et une femme à la beauté fatale, toujours agréable à regarder, la série a fait renaître une époque dont ces deux-là incarnaient l'épicentre mondain. Les jeunes spectateurs découvrent que l'on pouvait fumer en boîte de nuit. Qu'il était possible avant 2000 de ne pas communiquer avec tout son répertoire via Instagram, WhatsApp, Facebook, Twitter, SMS, mail, à chaque seconde.

Prendre une photo nécessitait un appareil digne de ce nom. John Kennedy Jr et Carolyn Bessette étaient harcelés par les paparazzis : or, aujourd'hui, on penserait qu'ils mènent une vie rêvée, les portables avec objectif intégré n'inondant pas le marché. Ils étaient tranquilles au fond, libres de leurs mouvements sauf quand un photographe shootait une de leur dispute homérique dans Central Park.

Une série qui montre une époque révolue

Sacré homme le plus sexy du monde par People magazine en 1988, Kennedy se déplaçait sans entourage, faisait du sport torse nu, et sans pour autant être accessible, il en offrait l'illusion, quand de nos jours le garde du corps avec oreillette a pris place à côté des stars qui s'engouffrent dans un van. Kennedy se baladait à vélo - non électrique - sac à dos et béret à l'envers sur la tête.

On déambule avec lui dans ce New York si cool, festif, d'avant le 11 septembre 2001, qui ressemble à s'y méprendre à un décor de Sex And the City. On revoit le début de Tribeca, ce quartier paumé du sud-ouest de Manhattan que John Kennedy Jr a lancé quand il s'est installé dans un loft du coin avec Carolyn. C'était inhabituel alors d'emménager si bas dans l'île, bien avant que Robert de Niro et Taylor Swift ne suivent le mouvement.

Le style et la nostalgie d'une époque

Après leur mort, le superbe appartement du 20 North Moore Street a été racheté par Christy Turlington. Les top-models justement. Cindy, Naomi, Claudia et les autres envahissaient les couvertures des revues de mode qui se vendaient en kiosque. Elles étaient au fait de leur puissance et c'est une Cindy Crawford grimée en George Washington qui occupe la première Une du magazine politique imaginé par John Kennedy en 1995, George.

Le style vestimentaire du couple, élégant, naturel et précis, il est impossible que les vêtements tombent mal sur de telles silhouettes, provoque une nostalgie du look américain classique, une envie de la beauté sobre des coupes et couleurs de la marque Calvin Klein, du temps où Calvin Klein dirigeait Calvin Klein.

L'essence de la série au-delà de la vérité

Peu importe la vérité des personnages, de savoir si la mystérieuse Carolyn Bessette était une amoureuse avec du caractère ou une harpie droguée et infidèle, si John Kennedy Jr était un beau gosse sans saveur ou un « fils de » contraint par son héritage. Ce n'est plus le sujet.

On est à l'orée du basculement dans la société des réseaux sociaux et de la communication instantanée. Il était agréable d'être Américain. C'était innovant de créer un magazine papier. Les Kennedy faisaient encore rêver. Love Story révèle les vestiges d'un autre siècle, si proche, si lointain, tout en maintenant dans l'ombre la dernière survivante des sœurs Bessette, Lisa, qui persiste dans son silence médiatique absolu.