La régie publique des transports de la Métropole Nice Côte d'Azur, Lignes d'Azur (RLA), est au cœur d'une crise profonde. Des révélations récentes mettent en lumière des salaires en or, un absentéisme record et des cumuls d'activités illégaux. Ces dérives, qui permettraient d'acheter la paix sociale, font l'objet de plusieurs plaintes et signalements.
Des salaires en or qui interrogent
En 2025, les dix plus hauts salaires de la société représentaient au total 1 150 000 euros par an, soit 115 000 euros en moyenne par salarié. Les 58 cadres les mieux payés affichent un brut moyen de 98 000 euros par an, soit plus de 8 000 euros par mois. L'un des directeurs généraux adjoints touche 160 000 euros fixes par an, nettement plus que la directrice générale. « Il est payé anormalement pour le poste qu'il occupe », lâche un proche de l'équipe d'Éric Ciotti, président de la Métropole Nice Côte d'Azur.
Un contrat qui pose question. « Il intègre une reprise d'ancienneté injustifiée d'une autre entreprise », lâche l'un des cadres, qui a eu accès au dossier. Mais ce n'est pas tout : « Entre deux tours d'une élection, il a bénéficié d'une hausse de salaire de 10 % ». Contacté à ce sujet, l'ancien président de la régie de 2013 à 2022, Philippe Pradal, n'a pas donné suite à nos sollicitations. Gaël Nofri, président de 2022 à 2026, fait savoir qu'il « ne souhaite pas [s']exprimer pour le moment ».
Absentéisme et accidents du travail en hausse
Autre signal d'alarme en interne : l'absentéisme. En 2025, la régie a enregistré 125 accidents du travail avec arrêt (contre 90 en 2024). Le taux de gravité a grimpé de 2,2 à 5,6 %, entraînant plus de 17 000 jours d'arrêt. L'absentéisme global culmine à plus de 53 000 jours d'absence, un taux de 8,7 %. La directrice générale s'est alarmée à plusieurs reprises d'une « multiplication des déclarations avérées ou frauduleuses ces derniers mois » d'accidents du travail.
La dirigeante, suspendue depuis par sa direction, a ordonné une « politique de réserve systématique » et instauré un « questionnaire type » obligatoire pour interroger les salariés déclarants et leurs managers. Une rigueur inédite pour débusquer les abus, alors que « les contre-visites médicales étaient jusqu'alors quasi inexistantes ».
Cumuls d'activités illégaux et heures de délégation suspectes
En coulisses, de hauts cadres de la régie dénoncent « des cumuls d'activités illégaux ». « On s'est rendu compte que des autoentrepreneurs utilisaient le garage de Drap [celui de l'entreprise] pour réparer les voitures des autres et facturer », avance une personne très bien placée dans la hiérarchie. Un autre cadre dirigeant mentionne également « des agents qui étaient en arrêt de travail » mais « exerçaient une autre activité de manière rémunérée ». Un membre du conseil d'administration confirme que « certains en profitaient pour faire chauffeur VTC ».
Pour maintenir la paix sociale, la régie aurait fermé les yeux sur ces dérives. D'ailleurs, « 5 000 heures de délégation sont inexplicables » en 2025, soulève un cadre dirigeant, soit un coût de « près de 200 000 euros » pour l'entreprise publique.
Ces révélations s'ajoutent aux soupçons d'emplois fictifs, de prise illégale d'intérêts et de détournements de fonds publics qui font l'objet de deux plaintes au procureur de la République de Nice, une plainte au procureur général d'Aix-en-Provence, une transmission pour information au parquet national financier et deux signalements à la Chambre régionale des comptes. Depuis, en interne, et contre toute attente, « une purge des lanceurs d'alerte est organisée » selon les principaux intéressés. Les services de l'État, dont le préfet, sont saisis.



