La régie des transports publics de la Métropole Nice Côte d'Azur, Ligne d'Azur, traverse une crise sociale et institutionnelle majeure. En quelques semaines, plusieurs cadres de direction ont été suspendus, des plaintes pénales ont été déposées et des syndicats dénoncent une « chasse aux sorcières » visant à étouffer des lanceurs d'alerte. Le tout sur fond d'audits internes, d'accusations de harcèlement moral et de menaces physiques.
Des cadres suspendus et des menaces proférées
La directrice générale de la régie, nommée en janvier 2025 pour trois ans, avait lancé six audits portant sur la maintenance, le lavage, la technique, les ressources humaines, les accords d'entreprise et les comptes du comité social et économique (CSE). Mais elle a depuis été suspendue à titre conservatoire. Des cadres de haut niveau ayant exécuté cette tâche dénoncent du harcèlement moral et des menaces de la part d'autres membres du comité exécutif.
L'un d'eux affirme avoir reçu des appels masqués menaçant ses enfants : « On sait très bien qui tu es… On ne voudrait pas que [tes enfants] aient des problèmes. » Le 24 juin, la direction générale mandate un cabinet parisien pour une enquête indépendante sur les cas de harcèlement moral. Mais la présidence ordonne l'arrêt des investigations le 26 juin, invoquant « un non-respect des règles de la commande publique ».
Un scénario systématique est alors mis en place contre ceux qui se revendiquent lanceurs d'alerte : « Coupure des accès informatiques, suspension à titre conservatoire et entretien préalable à licenciement ».
Des services de l'État saisis et des syndicats en colère
Face à cette situation, l'inspection du travail départementale a été alertée sur « des agissements répétés de harcèlement moral et de mesures de représailles ». La direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités a été informée d'un « danger grave et imminent » pour la vie d'un salarié. Le préfet des Alpes-Maritimes a également été saisi par la directrice générale elle-même, qui dénonce « des atteintes graves à ses garanties statutaires et des représailles politiques après ses alertes répétées concernant une gestion irrégulière des deniers publics de la régie ».
Stéphane Champoussin, délégué syndical Sud solidaires, s'alarme : « Il faut que la chasse aux sorcières s'arrête. C'est intolérable. » Jean-Thomas Capriglione, délégué syndical CFTC, fustige le coût social et financier : « À chaque fois qu'une tête dépasse, on la coupe. Il y a une valse des directeurs généraux et des DRH en quelques années. Et ça coûte un pognon de dingue à l'entreprise. On a dû dépasser le million d'euros d'indemnités de départ. »
Le président de la régie nie toute cabale
Le président de la régie Ligne d'Azur, Bertrand Gasiglia, élu le 18 mai dernier, balaye fermement toute idée de cabale : « Absolument pas. Il n'y a aucune chasse aux sorcières. Il y a simplement des procédures classiques dans une entreprise qui compte 1 800 agents. » Il affirme que « la seule procédure de licenciement de son ressort direct concerne la directrice générale », qu'il recevra le 1er septembre 2026 pour un entretien préalable, sur la base d'un dossier compilant « des faits reprochés par un très grand nombre d'agents ». Pour les autres salariés convoqués, il évoque des « procédures en cours concernant certains agents » qui ne s'apparentent « pas forcément à du licenciement ».
Dans un communiqué, Bertrand Gasiglia précise que la directrice générale a été nommée en janvier 2025 par l'ancien exécutif métropolitain de Christian Estrosi, alors que Gaël Nofri présidait la régie. Il ajoute : « La directrice générale a tout récemment fait état, dans ses communications et dans la presse, d'éléments qu'elle estime susceptibles de relever d'infractions pénales. Je n'ai pas eu connaissance qu'elle ait agi, alors qu'elle était en fonction depuis 2025, pour corriger d'éventuelles infractions. »
Il conclut : « Depuis ma prise de fonctions et à la demande d'Éric Ciotti, plusieurs audits ont été engagés afin de disposer d'une vision complète, objective et documentée de la situation de la régie. Lorsque ces audits auront été rendus, leurs conclusions seront examinées avec sérieux et les suites appropriées seront données, en toute transparence et dans le respect des procédures. Comme Éric Ciotti le fait partout, nous traquerons toutes les fautes de gestion et les libéralités avec l'argent public sans trembler. »
Deux plaintes ont été déposées auprès du procureur de la République de Nice, une plainte au procureur général d'Aix-en-Provence, une transmission pour information au parquet national financier et deux signalements à la Chambre régionale des comptes. Les faits portent sur des soupçons d'emplois fictifs, d'heures de délégation syndicale injustifiées et d'avantages hors-norme. Le statut de lanceur d'alerte revendiqué s'appuie sur la loi du 21 mars 2022, qui place le Défenseur des droits comme garant de leur protection.



