Kémi Séba, l'influenceur panafricaniste déchu de nationalité, regrette la France qu'il a combattue
Déchu de la nationalité française en raison de ses liens avérés avec la milice russe Wagner, Kémi Séba s'est récemment adressé à son auditoire dans un discours empreint de victimisation. « J'ai tout perdu, on m'a interdit de rentrer dans mon pays. Le pays où je suis né, la France... Alors que je dénonce le néocolonialisme, j'ai jamais dénoncé les Français », a-t-il déclaré. Cette logorrhée en forme de rétropédalage ne masque pas la drôlerie de la situation : un homme qui regrette sincèrement de ne pouvoir entrer en France devant une foule de militants qui vomissent leur haine de ce même pays.
Un parcours marqué par le radicalisme et l'antisémitisme
Né à Strasbourg de parents béninois naturalisés français, le jeune Stellio Gilles Robert Capo Chichi rejoint en 1999 la très marginale section française de Nation of Islam. C'est là qu'il découvre les doctrines du suprématisme noir et du séparatisme racial et religieux. Converti au kémitisme, une religion néopaïenne inspirée de l'Égypte antique, il prend le nom de Kémi Séba et fonde en 2004 la Tribu Ka.
Ce groupement radical, réservé aux Noirs, prône ouvertement la haine des « leucodermes » (les Blancs) et des Juifs. Cette orientation idéologique le conduit naturellement à se rapprocher de Dieudonné et de son Théâtre de la Main-d'or. En 2006, il passe des discours aux actes en organisant une opération d'intimidation contre les commerçants juifs de la rue des Rosiers, dans le quartier du Marais à Paris.
Cette action violente conduit les pouvoirs publics à dissoudre la Tribu Ka et à prononcer plusieurs condamnations contre Séba pour « provocation à la haine raciale, antisémitisme et apologie de crimes ».
De l'Afrique aux mercenaires de Wagner
Après ces condamnations, Kémi Séba séjourne sept ans au Sénégal à partir de 2011. Il y anime des chroniques télévisées et crée une vague ONG baptisée « Urgences panafricanistes ». Son séjour prend fin lorsqu'il est expulsé vers la France pour avoir brûlé un billet de 5 000 francs CFA en public.
Mais l'influenceur, qui n'a visiblement rien contre le rouble, trouve rapidement un nouveau débouché : il se met au service des mercenaires de Wagner et de leur propagande antioccidentale et pro-Kremlin en Afrique. Cette collaboration lui vaut d'être expulsé successivement de Côte d'Ivoire, de Guinée, puis du Burkina Faso.
En juillet 2024, celui qui avait brûlé son passeport français quelques mois plus tôt s'en voit définitivement privé. La France lui retire sa nationalité en raison de ses activités hostiles au pays. Ce mois-ci, il est arrêté en Afrique du Sud sur la base d'un mandat d'arrêt international émis par le Bénin pour « apologie de crime contre la sûreté de l'État ».
Une idéologie racialiste qui progresse
Le caractère folklorique de ces tribulations exotiques ne saurait masquer la progression inquiétante d'une idéologie racialiste animée par la haine de la France, de l'Occident en général et des Juifs en particulier. Cette mouvance se réfugie derrière une ligne pseudo-décoloniale qui ne trompe plus personne.
Ce fatras nauséabond s'accompagne souvent de théories complotistes antieuropéennes et prorusses. Pour ses adeptes, tout est bon pour affaiblir de l'intérieur un Occident considéré comme ontologiquement colonial et mauvais.
Ce discours a été particulièrement présent durant la dernière campagne municipale française, porté par des députés de La France insoumise et par Jean-Luc Mélenchon lui-même. Mais le kit de victimisation est également présent sur les antennes de Radio Nova ou dans des médias dits « alternatifs ».
Le plus navrant dans cette affaire, c'est que ce discours semble rencontrer un certain écho auprès des militants d'extrême gauche et d'une partie de cette troisième – voire quatrième – génération « issue de l'immigration » que ces pourvoyeurs de haine aimeraient cantonner dans un statut d'éternels arrivants et surtout de victimes. Victimes de tout : de l'Occident, du capitalisme, du colonialisme et, pourquoi pas, du choix de leurs aïeux de quitter d'anciennes colonies pour se réfugier chez leurs « oppresseurs ».
La contradiction fondamentale de Kémi Séba et de ses émules reste donc entière : comment prétendre combattre un pays tout en regrettant amèrement d'en être exclu ? Comment dénoncer le colonialisme tout en collaborant avec des forces mercenaires au service d'un impérialisme tout aussi prédateur ? Ces questions, les propagandistes « panafrica-russes » préfèrent visiblement les éluder.



