La candidate du Rassemblement national à l'élection présidentielle, Marine Le Pen, a dévoilé ce dimanche 10 juillet sa nouvelle affiche de campagne. On y voit la candidate souriante, vêtue d'un tailleur bleu, devant une image du Christ Rédempteur de Rio de Janeiro, le célèbre Corcovado. Cette affiche, qui doit être placardée dans toute la France, a immédiatement suscité des réactions, notamment sur les réseaux sociaux, où de nombreux internautes y voient un culte de la personnalité et une tentative de séduction des électeurs de droite.
Une affiche qui interroge
L'affiche, sobre, avec le slogan "Marine présidente" en lettres blanches sur fond bleu, tranche avec les visuels précédents de la candidate, qui mettaient davantage en avant des thématiques comme le pouvoir d'achat ou l'immigration. Le choix du Corcovado, symbole du Brésil et du christianisme, interroge. Pour certains, il s'agit d'une référence à la statue de la Liberté, mais d'autres y voient une volonté de se positionner au-dessus des partis, dans une posture quasi présidentielle.
Les critiques fusent
Sur Twitter, le député LFI Alexis Corbière a dénoncé "un culte de la personnalité digne des pires dictatures". De son côté, le secrétaire national d'Europe Écologie Les Verts, Julien Bayou, a estimé que "cette affiche montre que Marine Le Pen se prend pour le sauveur de la nation". Même au sein de son propre camp, des voix s'élèvent. Un conseiller régional RN, sous couvert d'anonymat, confie à Libération : "C'est un peu too much. On n'est pas aux États-Unis, on n'a pas besoin de ça."
Un précédent en 2017
Ce n'est pas la première fois que Marine Le Pen utilise une affiche de campagne personnalisée. En 2017, elle avait déjà opté pour un visuel la montrant seule, souriante, avec le slogan "Au nom du peuple". Mais cette fois, le choix du Corcovado est particulièrement marquant. Selon un sondage Ifop pour Le Figaro, 62% des Français jugent cette affiche "déplacée" et 58% y voient une "propagande personnelle".
Une stratégie de conquête de l'électorat de droite
Pour le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite, cette affiche s'inscrit dans une stratégie de conquête de l'électorat de droite traditionnelle. "Marine Le Pen cherche à rassurer les électeurs de droite en se présentant comme une candidate respectable, presque au-dessus de la mêlée. Le Corcovado, c'est une référence au Brésil de Bolsonaro, mais aussi à une certaine idée de la chrétienté." Une analyse partagée par le sondeur Jérôme Fourquet, qui note que "l'affiche vise à capter les voix des catholiques traditionalistes et des électeurs de droite déçus par François Fillon".
Une réaction de l'entourage de la candidate
Interrogé par Libération, un proche de Marine Le Pen, qui a requis l'anonymat, explique : "L'affiche a été pensée pour incarner une vision de la France, forte et fière. Le Corcovado est un symbole universel de paix et de fraternité. Ceux qui critiquent sont les mêmes qui ont peur que Marine gagne."
En attendant, l'affiche sera déployée dans les prochains jours dans toute la France, avec un budget de 500 000 euros selon le parti. Reste à savoir si cette stratégie portera ses fruits auprès des électeurs.



