Les Rencontres d'Arles, festival emblématique de la photographie, dévoilent une exposition inédite pour 2026 : « Quand les bactéries et les sucs gastriques dévorent l'argentique ». Ce projet audacieux confie des pellicules photographiques à des micro-organismes et à des enzymes digestives, provoquant leur dégradation contrôlée. L'objectif est de questionner la matérialité de l'image et son obsolescence programmée.
Une expérience entre art et science
L'exposition, présentée du 3 juillet au 29 août 2026, est le fruit d'une collaboration entre l'artiste plasticienne Sophie Ristelhueber et le biologiste Philippe Cury. Selon le communiqué du festival, « les pellicules sont exposées à des cultures de Bacillus subtilis et à de la pepsine, une enzyme gastrique, pendant 72 heures ». Les résultats montrent des altérations chimiques et physiques : les émulsions se décollent, les couleurs virent au brun, et des motifs aléatoires apparaissent. « Chaque pellicule devient une œuvre unique, un fossile numérique de notre époque », explique Sophie Ristelhueber.
Un contexte de déclin de l'argentique
Cette démarche intervient alors que la photographie argentique connaît un regain d'intérêt, mais reste marginale. Selon une étude de GFK, les ventes de pellicules ont augmenté de 15 % en 2025, mais ne représentent que 2 % du marché mondial de la photographie. Les Rencontres d'Arles, qui attirent chaque année plus de 100 000 visiteurs, misent sur ce choc entre tradition et dégradation pour interroger la pérennité des supports.
Un dialogue avec le vivant
Le biologiste Philippe Cury précise : « Les bactéries ne détruisent pas, elles transforment. Elles révèlent une mémoire cachée dans la matière. » L'exposition inclut des vidéos en accéléré montrant le processus de décomposition, ainsi que des échantillons conservés dans de la résine. Un volet participatif permet aux visiteurs de déposer leurs propres pellicules dans des boîtes de Pétri, suivies en direct par une webcam.
Impact et critiques
Si l'initiative séduit les amateurs d'art conceptuel, elle suscite des réserves chez les puristes de la photographie. Pour Jean-Claude Gautrand, historien de la photo, « c'est une provocation gratuite qui nie le geste du photographe ». Mais le directeur des Rencontres, Christophe Berthoud, rétorque : « L'argentique n'est pas sacré ; c'est un matériau qui a une vie propre, et nous l'explorons. » L'exposition devrait attirer une nouvelle génération de visiteurs, curieux de voir la science dialoguer avec l'art.



