Internats disciplinaires : Retailleau critiqué par les experts
Internats disciplinaires : Retailleau critiqué par les experts

Le président des Républicains et candidat à la présidentielle, Bruno Retailleau, a annoncé ce mardi ses propositions pour l'éducation nationale, parmi lesquelles la création d'« internats disciplinaires » destinés aux élèves les plus difficiles. Cette mesure, présentée comme un moyen de « donner une seconde chance » à ces jeunes, suscite une vive opposition de la part des spécialistes en sciences de l'éducation.

Une annonce jugée « démagogique et populiste »

Pour Philippe Mérieu, spécialiste en sciences de l'éducation et à l'origine de nombreuses réformes pédagogiques majeures en France, cette idée est « démagogique et populiste ». Il estime que ces propositions sont symboliques de l'obsession de la droite et de l'extrême droite française pour une éducation autoritaire et répressive. « Cette annonce, qui a avant tout un but politique, et pas social, montre l'incompétence de Bruno Retailleau », assure-t-il, ajoutant que ce type d'établissements « a déjà existé, et a échoué ».

Philippe Mérieu fait référence à une série de dispositifs passés, comme les internats de rééducation, les classes-relais ou encore les internats de réinsertion scolaire lancés par Nicolas Sarkozy. Tous ces exemples illustrent une succession de tentatives françaises pour résoudre le problème de l'élève « ingérable » en l'extrayant de l'école ordinaire. Ces idées ont également imprégné d'autres partis, comme le projet de « stages de rupture » de Gabriel Attal en 2024 ou le développement des internats-relais souhaité par Ségolène Royal en 2007.

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Des solutions inefficaces selon les recherches

Si ces solutions paraissent simples, la majorité des spécialistes s'accordent sur leur inefficacité, appuyés par des décennies d'études. Eric Debarbieux, professeur émérite en sciences de l'éducation et spécialiste de la violence, souligne que ces établissements coûtent extrêmement cher sans résoudre les problématiques de décrochage scolaire ou de délinquance. « Individuellement, il peut toujours y avoir un ou deux enfants qui s'en sortent, mais ces établissements fabriquent majoritairement des enfants encore plus durs », observe-t-il, notant que certains enfants « durs » tombent dans une rhétorique masculiniste : « Plus je suis puni, plus je suis un homme ! Un vrai, un dur. »

L'historien de l'éducation Claude Lelièvre partage ce constat d'inefficacité, comparant ces annonces à l'éternel fantasme de l'uniforme : « Ce sont des annonces porteuses, qui peuvent être populaires dans l'opinion, mais quand il s'agit de les mettre en œuvre, on se rend compte que cela ne fonctionne pas. » Bruno Robbes, professeur en sciences de l'éducation, y voit un « appel aux électeurs conservateurs, notamment du RN », friands de ce genre d'initiatives.

Une idéologie de la répression et du tri scolaire

Bruno Robbes regrette également le rapprochement entre école et armée dans l'idéologie scolaire de droite : « Ils ont cette idée de l'armée, comme de l'école, de répression, de soumission, plus proche du dressage que de l'éducation. » Claude Lelièvre rappelle que l'école de droite a toujours été liée à la « culture du chef », avec l'uniforme, le renforcement du rôle des chefs d'établissements et le rétablissement de l'autorité, loin de l'obéissance intellectuelle. « Veulent-ils former des citoyens ou des sujets ? » s'interroge-t-il.

La rhétorique autoritaire de Bruno Retailleau s'appuie aussi sur une « nostalgie » d'une école respectée, mais qui confond autorité et pouvoir, selon Claude Lelièvre. Bruno Robbes pointe l'ignorance des leçons du scandale de Bétharram, étendu aux polémiques visant le lycée Stanislas, et rappelle que dans cette école « à l'ancienne », beaucoup arrêtaient après le CM2. « Est-ce qu'un pays développé comme le nôtre peut se le permettre ? » demande-t-il.

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Enfin, ces propositions visent à trier les élèves, selon Bruno Robbes : « Ces propositions visent à dégager une petite élite qui se partagera les postes à hautes responsabilités, et laisser les autres se débrouiller. » Il y voit une continuité avec l'idée d'avancer l'apprentissage à 14 ans. Claude Lelièvre illustre ce propos avec un discours de Nicolas Sarkozy de 2010, qui, après avoir loué les internats d'excellence, annonçait l'ouverture du premier internat de réinsertion scolaire en assumant une dimension « totalement disciplinaire, je dirais exclusivement disciplinaire ». Sarkozy concluait : « La République, c'est celle qui doit promouvoir celui qui le mérite et qui doit sanctionner celui qui le mérite », une vision qui rend l'enfant responsable de ses succès et échecs, sans considération pour les décennies de sociologie et de sciences de l'enseignement.