Un mois après le gigantesque incendie qui a ravagé plus de 16 000 hectares dans les Corbières (Aude), le lieutenant Thibaud Michet, chef de la caserne de Lagrasse, livre un témoignage poignant. Premier pompier arrivé sur les lieux le 5 août, il décrit un feu d'une violence inouïe, comparable à l'Apocalypse.
Un départ de feu fulgurant
Alerté par le Sdis 11 peu après 16 heures, Thibaud Michet se rend immédiatement sur place, à Ribaute. « Quand j'arrive sur le chemin en 4x4, le feu a attaqué la haie de cyprès et il a déjà sauté en face, dans le ruisseau. Je me retrouve bloqué par le front de feu qui me barre la route », raconte-t-il, désignant la colline dévastée. En quelques instants, le sinistre prend des proportions hors norme.
Un combat contre des flammes géantes
Le lieutenant adresse alors son premier message d'évaluation : « Je signale plusieurs dizaines d'hectares brûlés et plusieurs centaines d'autres menacés. Je demande des moyens supplémentaires. » La pente, le soleil brûlant, la sécheresse et un vent de nord-ouest à 60 km/h accélèrent la propagation. « C'était comme quelqu'un qui marche, on n'avait jamais enregistré une telle vitesse », explique-t-il. Les sauts de feu atteignent plus d'un kilomètre, et les flammes montent à 30 ou 40 mètres de hauteur.
Protéger les habitants et les villages
Grâce à sa connaissance du terrain, Thibaud Michet parvient à sauver un couple et son chien, isolés dans une habitation, en les évacuant vingt minutes avant l'arrivée du front de feu. Il se concentre ensuite sur la protection de Lagrasse, menacée par le flanc droit de l'incendie. « Ce n'est pas dû à la chance, mais au travail », insiste-t-il. La commune est épargnée, mais le bilan est lourd : un mort, deux blessés graves et une soixantaine de maisons détruites.
Un avenir marqué par le changement climatique
Malgré l'émotion et la tristesse face au paysage calciné, le lieutenant regarde vers l'avenir. « Il faut tirer le maximum de leçons, car des feux comme celui-là, il y en aura d'autres dans moins de dix ans », prévient-il. Il rappelle aussi la crise de vocation qui touche les centres de secours : « À Lagrasse, on cherche du monde en permanence. »



