Dans son livre Rappelle-moi, ma belle, Anna Ostasenko Bogdanoff, fille aînée d’Igor Bogdanoff issue de son premier mariage, livre un témoignage intime et sans fard sur son père. L’ouvrage, paru aux éditions JC Lattès, dépeint un homme fascinant et complexe, loin de l’image lisse véhiculée par la télévision.
Des souvenirs contrastés d’une enfance hors norme
Anna Ostasenko Bogdanoff évoque des souvenirs où la réalité dépasse souvent la fiction. Adolescente, une sortie au Blue Cargo, sur la côte basque, tourne au malaise lorsqu’un fêtard s’exclame : « Il y a un Bogdanoff ! Il ressemble à un monstre. » Loin des projecteurs, Igor Bogdanoff se révèle être « un ogre vivant au-dessus de ses moyens », selon les mots de sa fille, « rigolant à grosses lèvres, de toutes ses dents et de toutes ses dettes ».
Le portrait dressé est celui d’un « hypocondriaque absolu », dont la phobie des microbes rappelait Howard Hughes, mais qui se montrait bien moins sourcilleux sur le chapitre de la sexualité. Cette dualité traverse tout le récit, entre l’image publique du vulgarisateur scientifique et l’intimité d’un père aux comportements parfois déroutants.
Un héritage familial ambigu
Le livre explore également les racines de cette complexité. Leur redoutable grand-mère, victime d’inceste avant de donner naissance à leur mère avec le ténor afro-américain Roland Hayes, avait élevé Igor et Grichka Bogdanoff dans un climat « ambigu, limite malsain ». Un environnement qu’Igor aurait reproduit avec sa propre fille Anna, selon le témoignage de cette dernière.
Ce récit, qui n’est pas sans rappeler un roman décadent de Simon Liberati, a ceci de particulier que tout y est vrai. Il vient compléter la mythologie des jumeaux Bogdanoff, ces « extraterrestres bienveillants » selon Roland Barthes, qui les voyait aussi comme « deux statues grecques ».
La face cachée d’une icône télévisuelle
Le public garde surtout l’image des combinaisons spatiales signées Thierry Mugler portées lors de l’émission Temps X, diffusée de 1979 à 1987. Mais derrière cette façade, Igor Bogdanoff menait une vie marquée par les excès et les contradictions. Sa Porsche 911 déglinguée et ses dettes racontent un rapport à l’argent et au risque bien éloigné de la rigueur scientifique affichée.
Anna Ostasenko Bogdanoff signe ici un témoignage rare sur un père qui a marqué l’imaginaire collectif, tout en révélant les zones d’ombre d’une famille hors du commun. Rappelle-moi, ma belle est publié aux éditions JC Lattès, 378 pages, au prix de 20,90 euros.



