Il y a dix ans, dans la nuit du 14 au 15 juillet 2016, le High Club, célèbre boîte de nuit niçoise, s'est transformé en hôpital de campagne après l'attaque au camion-bélier sur la promenade des Anglais. Son gérant, Jérôme Calatraba, revient sur ce traumatisme, la résilience et l'après.
Un hôpital de fortune au cœur de la Prom
« Ici, on avait installé des lits pour les urgences. Les personnes stabilisées, on les mettait dans la grande salle. L'étage, malheureusement, on l'a transformé en morgue... », raconte Jérôme Calatraba, le cœur lourd. L'ancien footballeur de l'OGC Nice dirige le High Club avec ses frères Franck, Gérald et Gilles, et le directeur artistique Eric Durand.
Après l'attentat, le colonel Olivier Riquier, patron des pompiers niçois, accepte la proposition de Jérôme Calatraba : mettre la boîte à disposition. « Il se disait que le High Club était un bunker. À partir de là, on a été le premier hôpital », explique le gérant.
L'impression d'être en état de guerre
Le personnel du High Club se mobilise immédiatement. « Nous avons bloqué les taxis. Nous avons cassé les vitres des voitures, tiré les freins à main, poussé les voitures pour dégager l'accès - on en a même soulevé une à cinq ou six... À l'intérieur, il a fallu enlever les canapés. On s'est reconverti en infirmier, en aide de camp. Ça me donnait l'impression d'être en état de guerre », se souvient Jérôme Calatraba.
Le nombre de victimes prises en charge varie selon les souvenirs : « 86 ? 93 ? », hésite-t-il. « Pour moi, on en a pas sauvé assez », soupire-t-il. Il témoigne « pour expliquer ce que [s]on personnel a fait. C'était normal d'aller aider mon prochain. »
Un traumatisme durable
La suite a été difficile. Une partie des salariés a quitté l'établissement. Jérôme Calatraba, lui, a « souffert indirectement. Je dormais de moins en moins, et je n'étais pas fatigué. Mon subconscient me travaillait. Un soir, j'ai fait comme un burn-out. Je me suis transformé, j'ai fait des choses dont je ne me souviens pas... »
Il a témoigné lors des procès devant la cour d'assises spéciale de Paris, s'étant constitué partie civile in extremis. « Le High, le Cocodile et le Magnan n'avaient pas l'impression d'être des victimes. Ils n'ont jamais été interrogés », s'étonne Me Thibault Pozzo di Borgo, l'avocat des Calatraba. « Ils ont été reconnus en qualité de victimes lors du deuxième procès. Pourtant, il faut continuer la bataille pour une indemnisation, même si ce n'était pas le but », regrette-t-il.
Reprendre goût à la vie
Après l'attentat, le High Club est resté fermé une semaine. « Puis, les deux premières années, nous fermions le 14 juillet, par solidarité pour les victimes », rembobine Jérôme Calatraba. « Je me suis demandé si arrêter de vivre et de travailler était une solution. Quand on a rouvert, beaucoup de gens sont venus nous témoigner leur sympathie. Pendant de longs mois, je travaillais avec la peur. On recevait des jeunes... »
Dix ans plus tard, « l'ambiance est bonne », assure-t-il. Les touristes continuent à affluer. « La Côte d'Azur reste la Côte d'Azur. » Il conclut : « Il ne faut pas oublier, se servir de ce qui s'est passé. Mais avec le sourire. »



