Harcèlement sexuel à la caserne de Beaucaire : l'omerta se brise face aux témoignages
Un sentiment d'omerta persiste au sein de la caserne de sapeurs-pompiers de Beaucaire, où de nouveaux témoignages viennent étayer des accusations de harcèlement sexuel systémique. Après la plainte déposée par une ancienne sapeur-pompier volontaire pour viol en réunion, huit autres personnes se sont manifestées auprès du syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France.
Des témoignages accablants qui se multiplient
Bruno Ménard, secrétaire général du syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France, confirme que les langues commencent à se délier. Les nouveaux témoignages visent trois des quatre jeunes sapeurs-pompiers volontaires déjà mis en cause dans l'affaire de viol en réunion. Ces quatre hommes ont tous été suspendus administrativement à titre conservatoire par le service départemental d'incendie et de secours du Gard depuis mars 2025.
Les déclarations recueillies évoquent divers comportements inappropriés :
- Un harcèlement sexuel d'ambiance quotidien
- Des commentaires déplacés répétés sur l'apparence physique
- Un cas d'agression sexuelle présumée
Bruno Ménard précise : "Les témoignages évoquent un harcèlement sexuel, un cas d'agression sexuelle mais aussi un harcèlement sexuel d'ambiance. C'est comme si vous aviez des collègues qui, chaque jour, deux à trois fois par jour, vous disaient : 'T'es charmante aujourd'hui', 'Tiens, ton jean, ça te fait un joli petit cul'."
Une omerta systémique dénoncée
L'ancienne sapeur-pompier volontaire à l'origine de la plainte initiale décrivait déjà un climat "malaisant" à la caserne. Elle rapportait notamment que les jeunes mis en cause "parlaient de sexe à longueur de journée" et évoquait des scènes particulièrement choquantes dans la salle télé de la caserne.
Pour Bruno Ménard, cette situation n'est malheureusement pas isolée : "Cette omerta est systémique. Tout est fait pour ne pas entendre les victimes, pour laisser les agresseurs faire et, surtout, qu'il n'y ait pas de vagues pour ne pas entacher la profession. Si une victime se plaint, on fait tout pour la neutraliser, pour l'éliminer en mettant fin à son contrat."
Mobilisation féministe et soutien aux victimes
Dans la nuit du 27 février, une dizaine de membres des Amazones d'Avignon ont mené une opération de collage à Beaucaire et dans d'autres communes gardoises. Cette association féministe, créée en 2019, souhaitait ainsi montrer son soutien aux victimes et encourager d'autres potentielles victimes à parler.
Blandine, à la tête de ce collectif, explique : "Quand on a eu écho de cette affaire à Beaucaire, on a voulu, dans un premier temps, montrer à la victime, qu'on la soutenait. Et cette action vise aussi à dire aux potentielles autres victimes, qu'on les croit et qu'il faut qu'elles parlent."
Un problème structurel qui dépasse Beaucaire
Le représentant syndical évoque un problème qui toucherait un "nombre inquiétant de casernes" à travers la France. Il souligne également la difficulté des chefs de caserne, souvent isolés face à ces problématiques complexes.
Malgré ce tableau sombre, Bruno Ménard observe une évolution positive : "Les gens commencent à parler. On a des dossiers dans tous les sens. Je pense qu'on a vraiment mis le pied dans la fourmilière." Le syndicat a mis en place une ligne d'écoute et une adresse mail spécifique pour recueillir les témoignages de victimes ou témoins.
Le parquet de Nîmes s'est saisi du dossier et les quatre hommes mis en cause restent présumés innocents dans l'attente des suites judiciaires. La direction du Sdis 30 affirme pour sa part n'avoir reçu aucun autre témoignage ni plainte concernant le centre de secours de Beaucaire.



