À la cour d'assises de l'Hérault, l'avocat général a requis trente ans de réclusion criminelle contre Soulaïmana Imbririki, 28 ans, accusé de tentative de meurtre sur une étudiante en médecine. Les faits remontent à la nuit du 3 au 4 juillet 2024, vers 2 h 30, dans le quartier des Arceaux à Montpellier. Le verdict est attendu ce mercredi 24 juin.
Le récit bouleversant de Madeleine
Dans un silence de cathédrale, Madeleine, 27 ans, a livré un témoignage poignant. « J'ai porté la main à mon cou, et je me souviens de la voir ensanglantée et d'avoir peur, tellement peur. Dans mes souvenirs, il y a un trou de quelques secondes. Quand ça reprend, je suis dos à ma porte et je le vois courir, il est à quinze mètres de moi et je me laisse glisser », a-t-elle raconté, la voix entrecoupée de sanglots.
Ce soir-là, alors qu'elle rentrait chez elle rue Condorcet, un homme s'est approché par-derrière et lui a tranché la gorge avec un cutter, sans prononcer un mot. « Là, je m'assois, et je crie, ce qui m'a apparemment sauvé la vie », a-t-elle expliqué.
Un cri qui réveille une voisine
Ce cri a réveillé Catherine, une voisine habitant au premier étage. « Elle a parlé de façon très distincte, avec beaucoup de sang-froid. Elle a dit, je me suis fait agresser, je pisse le sang, je n'ai que 25 ans, je ne veux pas mourir. Ce cri m'a fait sortir en deux secondes », a témoigné Catherine à la barre. En se précipitant, elle a découvert Madeleine « couchée sur le trottoir dans une flaque de sang », pressant un linge sur son cou. « Vous l'appuyez là, ne l'enlevez pas », lui a ordonné l'étudiante, qui savait exactement quoi faire.
Étudiante en sixième année de médecine, Madeleine a fait preuve d'un sang-froid remarquable. « C'est l'instinct de survie. Avec une main, je me fais un garrot et de l'autre j'appelle Zyan (son compagnon), je raccroche, j'appelle le 15 ou le 17, et ça devient flou. Je me souviens de gens qui arrivent, une jeune femme. J'ai la tête qui tourne, je suis le médecin et le patient, tout est confus. Je me souviens de la chaleur, du béton rugueux, du sang visqueux et qui coule partout, des gens qui parlent, et de moi qui m'accroche à un fil parce que je ne voulais pas mourir », a-t-elle confié.
L'arrivée de Zyan et des secours
Zyan, son compagnon, également étudiant en médecine, était parti quelques instants plus tôt. En apprenant l'agression, il a couru jusqu'à elle. « J'écarte le tissu pour voir la profondeur de la plaie, je vois la carotide, je comprends ce que ça peut vouloir dire. À un moment elle se sent perdre connaissance, on reste accrochés par la parole, par le regard », a-t-il décrit. Quand le Samu est arrivé, Madeleine a refusé d'ôter la robe qu'elle pressait contre son cou. « J'ai pensé que si je l'enlevais, j'allais mourir de suite, et qu'il n'y avait que ça qui me retenait à la vie », a-t-elle expliqué. Dans l'ambulance, elle guettait les signes de sa propre mort. « J'écoutais le rythme cardiaque, la tension, je voulais savoir si j'allais mourir pour de vrai ou pas. »
Les séquelles psychologiques
Sa mère, Marion, a appris la nouvelle le lendemain par un appel de Zyan. « Il m'a dit qu'elle était vivante et qu'elle avait été héroïque. Tous, autour d'elle, on a eu des difficultés à le vivre. Il faut accepter qu'une chose pareille ait pu arriver dans votre vie. On ne peut pas imaginer comment elle marche, avec ce gouffre derrière elle, ces terreurs. Ces cris que je n'ai pas entendus, ces cris qui l'ont sauvée, je les ai entendus et réentendus », a-t-elle raconté, ajoutant qu'elle a perdu le sommeil à force de cauchemars. Le père de Madeleine, déjà fragile, a été terrassé par la nouvelle et est aujourd'hui interné. « Tout le monde n'est pas capable d'entendre que sa fille s'est fait trancher le cou dans la nuit. Ça a été pour lui un élément traumatique, il a perdu complètement les pédales », a déploré Marion.
Zyan, qui travaille dans un service d'urgence à Marseille, n'est toujours pas guéri. « Le parallèle avec l'agression se prolonge dans l'activité hospitalière, on tombe sur des patients blessés par arme blanche. Parfois il s'agit de suturer des plaies, ça dure longtemps », a-t-il confié, évoquant « ce sentiment de peur constante, qui accompagne tous les gestes » depuis deux ans.
Une nouvelle identité
Madeleine, elle aussi interne dans un hôpital, doit « réapprendre à connaître la nouvelle personne que je suis devenue. Quelqu'un qui vit dans un monde qui est sombre, dangereux, malveillant. » Elle raconte devoir s'enfermer pour pleurer dix minutes quand « quelqu'un qui ne sait pas dit le mot couper ou trancher. J'ai perdu mon optimisme, je suis triste et désabusée. »
Les réquisitions et le verdict attendu
Face à ces émotions profondes, l'accusé Soulaimana Ambririki a maintenu une version peu crédible : il aurait simplement voulu menacer Madeleine pour lui voler son sac, après avoir suivi plusieurs femmes ce soir-là. « Pourquoi elle ? » a demandé le président. « Je ne sais pas », a répondu l'accusé. L'avocat général a requis trente ans de réclusion criminelle. Le verdict est attendu ce mercredi 24 juin.



