Les incendies de forêt qui ont ravagé le sud de la France cet été ont relancé le débat : la France brûle-t-elle davantage aujourd'hui qu'il y a cinquante ans ? Les données officielles du ministère de l'Intérieur et de l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN) permettent de répondre.
Une baisse spectaculaire de la surface brûlée depuis les années 1970
Selon les statistiques du ministère de l'Intérieur, la surface moyenne annuelle brûlée en France métropolitaine était d'environ 30 000 hectares dans les années 1970. Ce chiffre a chuté à environ 10 000 hectares dans les années 2000, puis à environ 7 000 hectares dans les années 2010. En 2020, la surface brûlée a été particulièrement faible, avec environ 2 000 hectares, selon l'IGN.
Cette tendance à la baisse s'explique par plusieurs facteurs, notamment l'amélioration des moyens de prévention et de lutte contre les incendies, la politique de débroussaillement, et la surveillance accrue. Les pompiers et les forestiers ont également bénéficié de meilleurs équipements et de techniques plus efficaces.
Des pics récents qui ne remettent pas en cause la tendance
Cependant, certains étés sont marqués par des pics importants. En 2003, lors de la canicule, environ 60 000 hectares ont brûlé, un record depuis les années 1970. En 2019, environ 15 000 hectares ont été détruits, et en 2022, la France a connu un début de saison particulièrement virulent, avec déjà plus de 50 000 hectares brûlés au mois d'août, selon les autorités.
Ces chiffres récents sont toutefois à relativiser. Comme le souligne un rapport de l'Assemblée nationale de 2020, « la France n'a jamais été aussi peu touchée par les incendies qu'au cours de la dernière décennie », malgré des épisodes médiatisés. Les surfaces brûlées restent bien inférieures à celles des années 1970, où les grands incendies étaient plus fréquents et plus étendus.
Des disparités régionales importantes
La répartition des incendies est très inégale sur le territoire. Le pourtour méditerranéen est particulièrement exposé, avec près de 70 % des surfaces brûlées en France métropolitaine concentrées dans le sud-est, selon l'IGN. La Corse, le Var, les Bouches-du-Rhône et le Gard sont les départements les plus touchés.
Les incendies de forêt sont également de plus en plus fréquents dans le sud-ouest, comme en Gironde en 2022, où plus de 20 000 hectares ont brûlé dans des incendies d'une ampleur inédite pour la région. Ces événements sont liés à la sécheresse et aux vagues de chaleur, qui augmentent le risque d'incendie.
Des perspectives incertaines avec le changement climatique
Le changement climatique pourrait toutefois inverser la tendance. Selon Météo-France, le nombre de jours à risque d'incendie élevé ou très élevé devrait augmenter de 50 % d'ici 2050, et la saison des feux pourrait s'étendre sur une plus grande partie de l'année. Les experts prévoient une augmentation de la fréquence et de l'intensité des méga-feux, comme ceux observés en Californie ou en Australie.
Le ministère de l'Intérieur a annoncé en 2022 un plan de renforcement des moyens aériens et terrestres, avec l'acquisition de nouveaux Canadair et la création de nouvelles unités de sapeurs-pompiers. Mais ces mesures pourraient ne pas suffire si le réchauffement climatique s'accélère.
En conclusion, la France brûle moins qu'il y a cinquante ans, mais les conditions climatiques actuelles pourraient remettre en cause cette amélioration. Les prochaines décennies seront décisives pour la protection des forêts françaises.



