Hagenbach : un garçon de 9 ans séquestré dans une camionnette, l'Éducation nationale et les voisins sous le feu des critiques
Garçon séquestré à Hagenbach : les dysfonctionnements de la protection de l'enfance

Un drame qui interroge les systèmes de protection

L'émotion reste intense à Hagenbach, petite commune du Haut-Rhin près de Mulhouse, où un garçon de 9 ans a été découvert enfermé dans une camionnette par une voisine alertée par des cris. L'enfant, nu et dénutri, vivait entouré d'excréments sur un tas de déchets dans le véhicule stationné à quelques mètres seulement de la maison où résidaient son père, sa compagne et leurs deux filles.

Un calvaire qui a duré près d'un an

Selon les premières informations judiciaires, le garçon aurait été séquestré par son père depuis fin 2024, soit depuis qu'il avait environ 8 ans. Le père, un électricien de 43 ans qui vante sur son site internet son « travail soigné » et sa « réactivité », a été placé en détention provisoire pour un an. Son avocate a indiqué qu'il avait « pleinement conscience des faits qui lui sont reprochés ».

La compagne du père, âgée de 37 ans, nie quant à elle avoir su que l'enfant – qui n'est pas son fils – était enfermé dans la camionnette. Cette femme, qui propose sur son site internet des prestations « d'accompagnement au quotidien » pour personnes âgées ou isolées ainsi que des séances de « voyance et guidance », a été placée sous contrôle judiciaire.

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L'enfant menacé d'internement psychiatrique

Lors de son audition par les enquêteurs, le garçon a raconté que la compagne de son père voulait le placer en hôpital psychiatrique et que son père l'avait enfermé « pour ne pas l'interner ». Cette révélation ajoute une dimension particulièrement troublante à ce drame familial.

Les dysfonctionnements pointés du doigt

L'Éducation nationale en question

L'absence d'alerte de la part du système scolaire constitue l'un des aspects les plus préoccupants de cette affaire. Le garçon avait été scolarisé normalement en CP à Mulhouse durant l'année 2023/2024. Lors du déménagement de la famille à Hagenbach, les parents l'ont désinscrit en assurant qu'il serait scolarisé ailleurs – ce qui ne s'est jamais produit.

Josiane Bigot, ancienne juge des enfants et fondatrice de l'association Themis, estime que ce drame illustre « les dysfonctionnements de la protection de l'enfance ». Elle insiste : « Il est évident qu'on aurait dû se préoccuper du sort de cet enfant. Il aurait dû y avoir des services sociaux, d'abord mandatés par l'Éducation nationale, et ensuite par le Conseil départemental, pour voir ce qui se passait. »

Le rectorat de Strasbourg rappelle que dans un tel cas, les parents doivent inscrire leur enfant dans une nouvelle école « dans les huit jours » à la mairie du nouveau domicile, et souligne se tenir « à l'entier disposition de la justice ».

Les déclarations municipales insuffisantes

La famille avait effectué la démarche d'inscription en mairie, obligatoire en Alsace-Moselle, en mentionnant « deux adultes et trois enfants, donc y compris le petit garçon », selon Guy Bach, maire jusqu'en mars dernier. Les nouveaux arrivants ont déclaré que « les trois enfants étaient correctement scolarisés ».

Mais l'ancien édile précise que la commune n'est « pas habilitée ni autorisée à vérifier au-delà du déclaratif » et n'échange pas d'information avec l'Éducation nationale. Certaines familles peuvent effectivement scolariser leurs enfants en dehors du village, ce qui complique les vérifications.

Une souffrance maternelle ignorée

La mère du garçon, qui a porté plainte, témoignait dès l'été 2024 sur son profil Facebook de sa souffrance d'être privée de tout contact avec ses enfants. « Je vis un enfer, mon cœur de maman pleure chaque jour un peu plus », écrivait-elle dans un message public mais adressé à son ancien compagnon.

Une entreprise familiale au cœur du drame

Le père et sa compagne avaient fondé ensemble une petite société de vente de bonbons par correspondance, Les petites gourmandises, qui selon son site internet entend « partager des douceurs et raviver les souvenirs d'enfance à travers des saveurs intemporelles ». Selon une voisine citée par le quotidien régional DNA, la chambre de l'enfant séquestré aurait servi à entreposer les stocks de sucreries, détaille qui ajoute au caractère sordide de l'affaire.

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Une communauté sous le choc

« L'émotion est très vive et très grande », résume le maire actuel du village, Christophe Ricklin, qui a mis en place un dispositif d'accompagnement psychologique. « Il y a aussi beaucoup de colère, surtout pour les riverains attenants au logement qui, pendant tout ce temps n'ont rien vu ou entendu », ajoute l'édile.

La justice cherche désormais à comprendre comment cet enfant a pu « disparaître ainsi des écrans radar » pendant près d'un an, alors qu'il vivait à quelques mètres seulement d'habitations et que plusieurs institutions étaient censées veiller à son bien-être.