Le Front de libération nationale corse (FLNC) a organisé, dans la nuit de mercredi à jeudi, une conférence de presse clandestine dans le maquis. Cagoulés et armés, plusieurs membres du mouvement ont revendiqué 25 attentats commis depuis le début de l'année, principalement contre des résidences secondaires et des bâtiments publics. Une mise en scène spectaculaire qui interroge sur la stratégie du mouvement indépendantiste, tiraillé entre lutte armée et ambition politique.
Cette conférence de presse, la première du genre depuis 2014, intervient dans un contexte de tensions croissantes sur l'île autour de la question de l'autonomie. Le FLNC, qui avait annoncé une « trêve » en 2016, semble vouloir renouer avec une forme de démonstration de force. Mais pour Jean-Michel Rossi, spécialiste du nationalisme corse, cette action relève plus du « baroud d'honneur » que d'une véritable stratégie politique : « Un mouvement qui se revendique force politique ne peut pas se contenter de conférences de presse clandestines. C'est un signe de faiblesse, pas de force. »
Une revendication de 25 attentats, un message politique ?
Les 25 attentats revendiqués, dont 19 ont été perpétrés dans la nuit de mardi à mercredi, visent des cibles symboliques : résidences secondaires de continentaux, agences immobilières, et même une trésorerie. Le FLNC justifie ces actions par la « colonisation » de l'île et appelle à la « résistance » contre l'État français. Mais ces actes, s'ils rappellent la capacité de nuisance du mouvement, ne semblent pas susciter l'adhésion de la population corse, majoritairement favorable à une autonomie négociée dans le cadre républicain.
Selon un sondage réalisé en 2025, 62 % des Corses se déclarent favorables à une autonomie élargie, mais seulement 12 % soutiennent les actions violentes. Ce décalage entre les aspirations populaires et les méthodes du FLNC pourrait expliquer l'isolement croissant du mouvement clandestin, qui peine à peser dans le débat politique local.
Un mouvement affaibli par les scissions et les arrestations
Le FLNC n'est plus l'organisation unifiée des années 1980. Depuis les années 2000, il est fragmenté en plusieurs branches, dont certaines ont déposé les armes pour rejoindre le processus politique, comme Corsica Libera. Les arrestations répétées de ses cadres, notamment en 2023 et 2024, ont également affaibli sa structure. Cette conférence de presse pourrait être une tentative de réaffirmer son existence face à ces revers.
Cependant, pour de nombreux observateurs, cette démonstration de force est contre-productive. « Le FLNC s'enferme dans une logique de violence qui n'a plus de légitimité, analyse Marie-Ange Geronimi, politologue à l'université de Corse. Les Corses veulent du concret, pas des symboles. Cette conférence de presse est un aveu d'impuissance politique. »
Quelle réponse de l'État ?
Du côté des autorités, la réaction ne s'est pas fait attendre. Le préfet de Corse, Amaury de Saint-Quentin, a condamné « avec la plus grande fermeté » ces actes de violence et annoncé le renforcement des effectifs de gendarmerie sur l'île. Le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, a quant à lui évoqué une « provocation inacceptable » et promis une réponse « proportionnée ».
Mais cette réponse sécuritaire pourrait ne pas suffire. Les élus nationalistes modérés, comme Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, appellent à un dialogue renouvelé avec l'État, tout en condamnant les violences. « Nous devons sortir de cette spirale, a-t-il déclaré. La violence ne mène nulle part. Seul le dialogue peut aboutir à une solution durable pour la Corse. »
Quel avenir pour le FLNC ?
Reste à savoir si cette conférence de presse marque un tournant ou un chant du cygne. Le FLNC, qui a promis de « poursuivre la lutte », semble vouloir maintenir la pression à l'approche des élections territoriales de 2028. Mais sans soutien populaire et avec une répression accrue, le mouvement clandestin risque de s'isoler davantage.
Pour l'heure, la population corse, elle, attend des actes concrets pour améliorer son quotidien : emploi, logement, infrastructures. La violence du FLNC apparaît de plus en plus comme un vestige du passé, incapable de répondre aux défis du présent.



