Le FLNC rejette l'autonomie et menace les « envahisseurs »
FLNC : rejet de l'autonomie et menace aux « envahisseurs »

Le Front de libération nationale corse - Union des Combattants (FLNC-UC) a vivement rejeté le projet d'autonomie de la Corse, le qualifiant de « mascarade », et a menacé les « envahisseurs » non-corses, lors d'une conférence de presse clandestine tenue mercredi soir. Cette prise de position a conduit le parquet national antiterroriste (PNAT) à ouvrir une enquête préliminaire pour, notamment, « association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes de terrorisme ».

Un rejet sans appel du processus Beauvau

Dans un communiqué rapporté par Corse-Matin, le seul média autorisé à assister à cette conférence, une quinzaine d'individus cagoulés et armés ont dénoncé le processus d'autonomie approuvé le 23 juin par l'Assemblée nationale. Selon eux, ce projet de loi constitutionnelle, qui doit être examiné au Sénat en octobre, « aboutit à la négation de l'existence de notre peuple et au reniement des principales revendications de ces dernières décennies ». Ils affirment être « déjà dans l'après-Beauvau ».

Des critiques envers les soutiens du processus

Le groupuscule clandestin a également critiqué les partis nationalistes, dont Femu a Corsica, Core in Fronte et le Parti de la nation corse, qui « s'expriment au nom du mouvement national, tout en soutenant le dit processus Beauvau » et « commettent une duperie sans précédent à l'égard de notre peuple ». Il s'en prend aussi à la « caste de groupes financiers corses » et aux collectifs antimafia, sans les nommer, en affirmant ne jamais pouvoir « être aux côtés de ceux qui soutiennent les logiques » de « justices d'exception ».

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Des menaces explicites envers les nouveaux arrivants

Le FLNC-UC a lancé un avertissement sévère à l'encontre de ce qu'il appelle « la colonisation de peuplement galopante », représentée par « l'arrivée massive de près de 5.000 étrangers, dont une grande majorité de Français », chaque année sur l'île, ainsi que par l'augmentation « démentielle » des résidences secondaires. Le message est sans équivoque : « En attendant que nos droits nationaux soient reconnus et respectés, nous n'avons qu'un message à leur adresser : restez chez vous », et « dans le cas contraire, ne vous considérez pas en sécurité sur notre territoire national ». Ces propos visent les « envahisseurs ».

Une communication plus politique que violente ?

Selon un spécialiste de la sécurité en Corse interrogé par l'AFP sous couvert d'anonymat, cette communication intervient juste avant les journées internationales de Corte, organisées samedi et dimanche par le parti indépendantiste Nazione. Ces journées réunissent des voix indépendantistes de Guyane, de Martinique, de Guadeloupe, des Comores, de Nouvelle-Calédonie, de Catalogne et du Pays basque. L'expert estime que « pour les militants, il faut marquer le coup mais on considère que c'est un communiqué plus politique que l'ouverture d'une campagne d'action violente ».

Des menaces moins agressives que par le passé

Thierry Dominici, politologue à l'université de Bordeaux, spécialiste des mouvements nationalistes, relativise la portée de ces menaces. Selon lui, elles sont « finalement moins agressives que dans les années 80 où l'on s'attaquait directement aux +colons+ comme ils disaient avec des courriers nominatifs et les fameux valise ou cercueil, les tags IFF (I Francesi Fora, les Français dehors : NDLR), etc... ». Il ajoute que « c'est une phrase qui doit servir d'accroche pour les médias » mais que cette communication « vise davantage l'échelon local que national : ils sont dans une quête de légitimité au sein de la base militante nationaliste ».

Le FLNC, une nébuleuse opaque

Le FLNC, apparu en 1976 avec une profession de foi retrouvée dans les décombres de 18 attentats lors d'une première « nuit bleue », est depuis devenu une nébuleuse opaque, résultat de scissions, luttes fratricides et recompositions. La dernière « nuit bleue » revendiquée par le mouvement remonte à octobre 2023, lorsque 45 explosions avaient visé principalement des résidences secondaires mais aussi un centre des impôts désaffecté à Ajaccio, sans faire de blessés.

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Le FLNC, qui prône « l'indépendance nationale », assure ainsi qu'il « continuera à jouer pleinement son rôle en soutenant par (ses) efforts de paix, pour l'heure unilatéraux, toutes les initiatives qui concourront réellement à une solution politique à laquelle notre peuple aspire depuis des décennies ». Cette déclaration, bien que menaçante, semble laisser la porte ouverte à un dialogue, tout en maintenant une pression sur les autorités et les nouveaux arrivants.