La Papeterie de la Nive ferme ses portes après trente-trois ans d'activité
Dans le petit bureau du 35, Quai Amiral-Jauréguiberry à Bayonne, l'atmosphère est chargée d'émotion. Les classeurs bariolés et l'odeur caractéristique du papier neuf vont bientôt disparaître : la Papeterie de la Nive, institution locale bien connue, fermera définitivement ses portes le 31 mars 2026. Les deux gérantes et cousines, Isabelle Chabaane et Christine Millox, toutes deux sexagénaires, préparent activement cette fermeture qui marque la fin d'une époque pour le quartier.
Un duo inséparable tire sa révérence
Assises sur leurs chaises pivotantes face à leurs postes de travail, les deux femmes signent les derniers documents administratifs qui les lient à leur commerce. Christine Millox, la plus âgée du duo, prend sa retraite dans quelques jours seulement. Pour Isabelle Chabaane, l'idée de continuer l'aventure sans sa fidèle compagne était impensable. « Nous avons toujours travaillé ensemble, nous finissons ensemble », confie-t-elle avec émotion.
Des débuts marqués par la résilience
Leur histoire commune remonte à bien avant la création de leur propre établissement. Elles travaillaient ensemble à la Papeterie Sarthou, rue Poydenot, jusqu'à leur licenciement en 1991. Plutôt que de baisser les bras, elles saisissent cette opportunité pour créer ex nihilo la Papeterie de la Nive. Isabelle Chabaane se souvient avec précision des longues heures passées à organiser les fournitures dans le nouveau local, tandis que Christine Millox planifiait méticuleusement l'aménagement du magasin avec un sens du détail remarquable.
Leur attachement au quartier de la Nive est viscéral. « Nous avons grandi ici, nous ne pouvions pas imaginer nous installer ailleurs », explique Isabelle Chabaane, la benjamine du duo. La rivière basque leur a d'ailleurs témoigné une certaine bienveillance au fil des années : trente-trois ans sans aucune inondation significative. « La Nive nous a épargnées à chaque montée des eaux, comme si elle voulait préserver notre commerce », ajoute Christine Millox avec un regard malicieux, tout en rangeant une dernière pile de documents dans le tiroir de son bureau.
Le secret d'une longévité exceptionnelle
La clé de leur succès durable ? Un service irréprochable certes, mais surtout un lien authentique et profond avec leur clientèle, patiemment tissé au fil des décennies. « Je crois que notre force a toujours résidé dans notre disponibilité constante », souligne Isabelle avec un sourire en coin, tout en jetant un coup d'œil à un client qui patiente devant la porte. Depuis leur installation, elles n'ont jamais pris de vacances simultanément, toujours soucieuses d'assurer une présence continue pour leurs clients.
Le quotidien n'était pourtant pas toujours facile. « Les journées pouvaient être longues, parfois même monotones : préparer les commandes, tenir le magasin, gérer les livraisons, répondre aux nombreux appels téléphoniques… », reconnaît-elle en secouant légèrement la tête. Mais ce qui les faisait véritablement tenir, c'était cette relation privilégiée avec leurs clients, qui revenaient autant pour la qualité des produits que pour la présence chaleureuse et rassurante des deux commerçantes.
Une clientèle fidèle et reconnaissante
Depuis l'annonce officielle de la fermeture, les habitués se pressent à l'entrée du magasin pour un dernier échange, offrir une attention ou simplement partager quelques souvenirs. Cette marque d'affection témoigne de l'empreinte indélébile laissée par Isabelle et Christine dans le paysage commercial local.
Une fin symbolique et émouvante
À 65 ans, Christine Millox entame sa retraite, et sa chère cousine Isabelle fait de même. « Nous avons commencé cette aventure main dans la main, et c'est donc naturellement main dans la main que nous quittons notre boutique », confie la future retraitée, en serrant tendrement la main de sa complice de toujours.
Le fonds de commerce a été cédé à Collectivité Service, un magasin spécialisé dans la fourniture de bureau, mais les locaux eux-mêmes restent sans repreneur à ce jour. « Il faut bien reconnaître que les commerces de proximité — droguerie, papeterie, mercerie — n'intéressent plus vraiment les nouvelles générations », soupire Isabelle Chabaane, une pointe de nostalgie perceptible dans sa voix.
Un premier voyage ensemble pour clore le chapitre
Avant de tourner définitivement la clé de leur établissement, les deux gérantes s'accordent une pause bien méritée. Elles partent pour leur tout premier voyage en commun, direction la Tunisie. Un symbole fort pour clore ce chapitre professionnel de trente-trois années.
Ainsi s'achève l'histoire de la fameuse Papeterie de la Nive. Une page se tourne irrémédiablement, non seulement pour Isabelle Chabaane et Christine Millox, mais également pour tout un quartier qui perd l'une de ses institutions les plus emblématiques. Le silence qui régnera bientôt dans le petit bureau du Quai Amiral-Jauréguiberry résonnera comme l'écho d'une époque révolue, celle des commerces de proximité ancrés dans la vie quotidienne des Bayonnais.



