L'explosion survenue lundi à Monaco a visé Vadim Ermolaev, un homme d'affaires ukrainien de 48 ans, installé dans la Principauté depuis environ deux ans. Selon Claude Moniquet, ancien agent de la DGSE, c'est « l'environnement très sécuritaire » de Monaco qui l'avait attiré, après un passage par Chypre où il avait obtenu la nationalité via des passeports de complaisance. Persona non grata en Ukraine, Ermolaev est suspecté de collaboration avec l'ennemi russe.
Un oligarque sous sanctions présidentielles
Le 23 décembre 2023, un décret signé par le président Volodymyr Zelensky a placé Ermolaev sous sanctions. Il est accusé d'avoir continué à payer des taxes en Crimée occupée via sa société Alef Vinal KRYM LLC, spécialisée dans les spiritueux, contribuant ainsi à l'effort de guerre russe. Pourtant, son nom n'apparaît pas sur les listes noires de l'Union européenne ou du Trésor américain. Ses avocats dénoncent une mesure « arbitraire ».
La thèse d'une cabale politique
Le cabinet Dinasty, basé à Kiev, a produit un mémo de 18 pages le 6 mars dernier, affirmant que les décrets présidentiels « ne contiennent aucune motivation, aucun fondement ni aucune raison étayée par des éléments de preuve pertinents ». Selon Théo Koshlyakov, assistant juridique d'Ermolaev à Monaco, « à ce jour aucune procédure judiciaire n'est engagée contre Monsieur Ermolaev, dans aucune juridiction ». Il suspecte que « cette attaque ait pu être motivée à des fins politiques ». Une source monégasque dubitative souligne que cette version est « relayée en boucle sur les chaînes Telegram pro-russes ». Une source diplomatique ukrainienne balaie l'idée d'une élimination politique : « ça ne tient pas la route ! »
Une conférence au Parlement européen avortée
Claude Moniquet, cofondateur de l'European Strategic Intelligence and Security Center, voit dans cette tentative d'assassinat l'une des « trois hypothèses possibles ». Il révèle qu'Ermolaev « envisageait ces dernières semaines de donner une conférence au Parlement européen pour y dénoncer la corruption dans son pays ». « Il est possible que cela ait été pris comme une provocation », ajoute l'ex-espion, qui n'exclut pas non plus « un règlement de comptes commandité par un concurrent ».
Des affaires troubles : VersoBank et escroquerie à Chypre
Le nom d'Ermolaev est associé au scandale de la VersoBank, une banque estonienne dont l'agrément a été suspendu par la Banque centrale européenne en mars 2018 pour « violation systématique de la législation sur le blanchiment ». 87 % des dépôts provenaient de non-résidents, attirant l'attention du Money Laundering Data Bureau estonien. Entre 2012 et 2017, plus de sept milliards d'euros d'avoirs russes auraient transité par les banques estoniennes avant de s'évaporer en Europe de l'Ouest.
Plus récemment, le fils aîné d'Ermolaev, Arthur, a été impliqué dans une vaste escroquerie via des centres d'appels frauduleux, avec un préjudice estimé à près de 100 millions d'euros. Interpellé à Chypre par Interpol en décembre 2025, il a dû verser une caution de 8,5 millions d'euros pour recouvrer la liberté.
Un contexte criminel inquiétant
Dans la communauté ukrainienne de la Côte d'Azur, la thèse d'un règlement de comptes est privilégiée, notamment en raison d'une affaire similaire : l'enlèvement et le meurtre en février dernier à Bali du fils d'Igor Komarov, un autre homme d'affaires ukrainien originaire de Dnipro. Son corps avait été retrouvé découpé en morceaux après que son père a refusé de verser une rançon de 10 millions de dollars.



