Un enseignant de Besançon accusé d'avoir fabriqué une récompense académique fictive
Depuis une décennie, un professeur de l'Inspé de Besançon affirmait détenir une « médaille d'or » de philologie, présentée comme une distinction « équivalente au prix Nobel » et décernée par la Société internationale de philologie. Cependant, la justice suspecte désormais qu'il s'agit d'une « supercherie » probablement conçue de toutes pièces par l'enseignant lui-même.
Une enquête ouverte pour faux et usurpation de titre
Le procureur de Montbéliard, Paul-Édouard Lallois, a annoncé ce mardi l'ouverture d'une enquête pour faux, usage de faux, escroquerie et usurpation de titre à l'encontre de Florent M., âgé de 56 ans. Cet homme enseigne depuis 25 ans dans le secondaire à l'institut de formation des professeurs (Inspé), rattaché à l'université Marie-et-Louis-Pasteur de Besançon.
En 2016, l'intéressé s'était prévalu de la « Médaille d'or de philologie », décrite comme la récompense ultime comparable au Nobel pour cette science du langage. Selon des images publiées par le quotidien régional L'Est républicain, Florent M. aurait même reçu cette médaille des mains du président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, au Palais-Bourbon, en présence de plusieurs scientifiques renommés.
Des doutes soulevés par des journalistes roumains
Les premiers soupçons publics sont venus de journalistes roumains en 2019, après qu'un philologue de Bucarest, Eugen Simion, eut remporté cette prétendue distinction. Ces journalistes ont interrogé le linguiste Noam Chomsky, également mentionné comme récipiendaire sur le site internet de la « Société internationale de philologie ». Chomsky a affirmé ne pas se souvenir avoir jamais reçu une telle médaille.
En 2025, l'université Pasteur de Besançon a signalé ses doutes à la justice. L'enquête a révélé qu'aucune médaille d'or de philologie internationalement reconnue n'existait. Pire, la soi-disant société internationale de philologie ne reposait que sur un site internet « minimaliste », conduisant à l'hypothèse d'une « véritable supercherie à une échelle internationale créée par cet enseignant », selon les termes du procureur Lallois.
Des explications « alambiquées » et un doctorat suspect
Interrogé en garde à vue, Florent M. a fourni des explications « assez alambiquées » et parfois contradictoires. Il a reconnu avoir commandé la médaille auprès d'un joaillier français pour 250 euros, puis l'avoir fait livrer à une association culturelle de Besançon domiciliée chez ses parents. Il a contesté la qualification de faux, arguant que « pour qu'il y ait un faux, il faut qu'il y ait un vrai de référence », et que créer une médaille sans valeur n'était pas illégal.
L'enquête examine également un prétendu doctorat obtenu en 2015 à l'Université de Philologie et éducation de Lewes, dans le nord-est des États-Unis, un établissement à l'existence douteuse lié à la société internationale de philologie. En 2018, le ministère de l'Enseignement supérieur avait refusé d'homologuer ce diplôme, que Florent M. avait joint à sa candidature pour devenir professeur universitaire.
Sanctions disciplinaires et défense de l'enseignant
L'enseignant n'ayant pas fourni « les éléments justificatifs permettant d'étayer ses déclarations », l'université Pasteur a pris une sanction disciplinaire pour « manquement présumé aux obligations déontologiques et aux principes d'intégrité scientifique applicables aux agents publics ».
L'avocat du professeur, Jean-Baptiste Euvrard, a souligné que « Florent M. n'est poursuivi de rien. Il n'est ni prévenu ni mis en examen ». Son client contestera la sanction disciplinaire, selon ses déclarations.



